Or, la substantifique moelle de cette thèse consiste à nier qu’Il ait science des choses particulières. En effet, tout être existant hors de l’esprit est un individu déterminé ; les sphères célestes, chacune d’entre elles est un individu, et il en va de même de toutes les entités particulières, de leurs attributs et de leurs actes. Celui, donc, qui ne connaît que les universaux n’a, à proprement parler, aucune connaissance des êtres existants ; les universaux, quant à eux, n’existent qu’en tant qu’universaux dans les intelligences, non dans la réalité concrète.
Une réfutation détaillée de ces gens se trouve exposée ailleurs, notamment dans l’ouvrage consacré à la levée de la prétendue contradiction entre raison et révélation. Leur mécréance est, en vérité, plus grave que celle des Juifs et des Chrétiens, et même que celle des polythéistes arabes, car tous ceux-là reconnaissent qu’Allah a créé les cieux et la terre et qu’Il a fait exister les créatures par Sa volonté et Sa puissance.
Quant à Aristote et aux philosophes grecs de son acabit, ils adoraient les astres et les idoles ; ils ne connaissaient ni les anges ni les prophètes, et les ouvrages d’Aristote ne font nulle mention de tels sujets : la majeure partie de leur science traite uniquement des phénomènes naturels.
[La corruption du patchwork d’Ibn Sînâ en matière de théologie]
Dans le domaine des questions divines, chacun d’entre eux recèle peu de justesse et beaucoup d’erreurs ; les Juifs et les Chrétiens, malgré les abrogations et les altérations, possèdent à cet égard un savoir bien plus vaste qu’eux. Toutefois, leurs continuateurs tardifs, tels Ibn Sînâ et d’autres, ont voulu concilier les propos de ces philosophes avec la Révélation apportée par les Messagers ; ils ont emprunté divers éléments aux principes des Jahmiyyah et des Muʿtazilah et ont fabriqué un système que l’on attribue parfois aux « philosophes des religions », mais qui recèle des corruptions et des contradictions telles que