Il a donc obtenu une récompense pour son effort d’interprétation, et son erreur lui a été pardonnée ; toutefois, le mujtahid qui atteint la justesse reçoit deux récompenses et lui est, de ce fait, supérieur. C’est pourquoi, puisqu’il se peut qu’un allié d’Allâh (walî) commette une faute, les gens ne sont pas tenus de croire tout ce qu’affirme un walî, à moins qu’il ne s’agisse d’un Prophète.
[Il n’est pas permis au walî de se reposer sur ce qui lui est inspiré]
Il n’est pas davantage permis à un walî d’Allâh de se fonder sur ce qui est jeté dans son cœur — sauf si cela concorde [avec la Révélation] — ni sur ce qui lui survient, qu’il considère comme inspiration, entretien ou discours émanant du Vrai. Il lui incombe plutôt de soumettre tout cela à ce qu’a apporté Muḥammad ; si cela correspond, il l’adopte ; si cela contredit, il le rejette ; et s’il ignore si cela correspond ou non, il demeure dans l’expectative.
Les gens, à ce propos, se divisent en trois catégories : deux extrêmes et une voie médiane. Certains, dès qu’ils tiennent une personne pour un allié d’Allâh, l’approuvent dans tout ce qu’ils croient être des confidences de son cœur provenant de son Seigneur, et s’en remettent entièrement à chacun de ses actes. D’autres, lorsqu’ils voient qu’il a dit ou fait ce qui ne correspond pas à la Sharîʿah, le retranchent totalement de la walâyah d’Allâh, quand bien même il serait un mujtahid qui s’est trompé. La meilleure attitude est celle du juste milieu : on ne le déclare ni infaillible ni coupable lorsqu’il est un mujtahid fautif ; on ne le suit donc pas dans tout ce qu’il énonce et l’on ne le juge pas mécréant ou pervers du seul fait de son ijtihâd.
[Obligation de suivre ce qu’Allâh a révélé par Son Messager]
Il incombe aux gens de suivre ce qu’Allâh a envoyé par l’intermédiaire de Son Messager. Ainsi, lorsque l’avis d’un individu contredit celui de certains juristes tout en concordant avec celui d’autres, nul n’a le droit de l’obliger à suivre l’opinion de ceux qui s’y opposent, en disant : « Il a contredit la Sharîʿah. »