Il n’est donc permis à personne de croire qu’un individu est un allié (walî) d’Allâh, surtout lorsque la seule preuve avancée consiste en quelque « découverte intérieure » (mukâshafa) qu’il aurait entendue de lui, ou en une forme d’intervention extraordinaire : par exemple qu’on l’ait vu pointer quelqu’un du doigt et que celui-ci meure ou s’effondre. En effet, il est bien connu que les mécréants et les hypocrites, qu’ils soient polythéistes ou Gens du Livre, possèdent eux aussi des dévoilements et des influences démoniaques, tels les devins, les magiciens, les idolâtres et certaines gens du Livre. Il n’est donc pas recevable de déduire de ces seuls phénomènes qu’une personne est un allié d’Allâh, même si l’on n’a rien constaté chez elle qui contredise la walâya d’Allâh ; que dire alors lorsqu’on sait d’elle ce qui la contredit ? Par exemple, qu’on sache qu’elle ne tient pas pour obligatoire de suivre le Prophète — paix et bénédiction d’Allâh sur lui — intérieurement et extérieurement, mais prétende ne suivre que la Loi apparente sans la réalité intérieure ; ou qu’elle s’imagine qu’il existe, pour les alliés d’Allâh, une voie vers Lui différente de celle des prophètes — sur eux la paix ; ou encore qu’elle déclare : « Les prophètes ont rétréci la voie » ou « Ils ne sont qu’un modèle pour le commun des gens. »
Cependant, si, durant ses moments de lucidité, cette personne est croyante en Allâh et pieuse, elle bénéficiera de la walâya d’Allâh à proportion de sa foi et de sa piété. En revanche, si, dans ses instants de lucidité, elle est dans la mécréance ou l’hypocrisie — ou si elle était mécréante ou hypocrite avant que ne survienne la folie —, alors elle porte en elle une part de kufr et de nifâq pour laquelle elle sera châtiée, et sa folie n’efface en rien ce qu’elle a commis, en état de lucidité, de mécréance ou d’hypocrisie.
[Innovation que constitue le fait de se distinguer par le vêtement ou la coiffure]
Les alliés d’Allâh ne se démarquent des autres gens par aucun signe extérieur relevant des choses permises : ils ne se singularisent pas par un vêtement plutôt qu’un autre lorsque l’un et l’autre sont licites, ni par le fait de se raser, de raccourcir leurs cheveux ou leurs ongles, lorsque cela est permis. Comme on l’a dit :
« Combien de véridiques (ṣiddîq) portent un qabâʾ,
Et combien d’hérétiques (zindîq) portent une ʿabâʾ ! »
On trouve au contraire ces alliés dans toutes les catégories de la communauté de Muḥammad — paix et bénédiction d’Allâh sur lui —, pourvu qu’ils ne fassent pas partie des gens d’innovation manifeste ou de perversité. Ils se rencontrent parmi les gens du Coran et les gens de science, parmi les gens du jihâd et du sabre, ainsi que parmi les commerçants, les artisans et les cultivateurs.
Allâh — Très-Haut — a d’ailleurs mentionné les différentes catégories de la communauté de Muḥammad — paix et bénédiction sur lui — dans Sa parole :
« Ton Seigneur sait que tu te tiens en prière près des deux tiers de la nuit, la moitié ou le tiers, ainsi qu’un groupe de ceux qui sont avec toi. Allâh module la nuit et le jour ; Il sait que vous n’en saurez pas faire le compte, Il s’est donc tourné vers vous avec clémence. Récitez donc ce qui vous est facile du Coran. Il sait qu’il y aura parmi vous des malades, d’autres qui voyageront sur terre en quête de la grâce d’Allâh, et d’autres qui combattront dans le chemin d’Allâh. Récitez donc ce qui vous est facile (du Coran). »
[Examen du terme « ṣûfiyya »]
Les Anciens appelaient les gens de religion et de science : « les Lecteurs (al-qurrâʾ) », et l’on incluait sous cette appellation