Désormais, je ne suis mû que par ce que Tu choisis pour moi ;
De moi ne découle plus que pure obéissance, servitude et foi.
Il est pourtant notoire que pareille affirmation contredit le message avec lequel Allah a envoyé Ses Messagers et la Révélation qu’Il a fait descendre dans Ses Livres ; car le péché qui vaut à son auteur blâme et châtiment consiste précisément à enfreindre l’ordre d’Allah et de Son Messager, comme le Très-Haut a dit :
« Telles sont les limites fixées par Allah ; quiconque obéit à Allah et à Son Messager, Il le fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les rivières, pour y demeurer éternellement – voilà la réussite suprême. Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager et transgresse Ses limites, Il le fera entrer dans un Feu pour y demeurer éternellement ; et pour lui il y aura un châtiment avilissant. »
Nous exposerons bientôt la distinction entre la volonté universelle (irâda kawniyya) et la volonté religieuse (irâda dîniyya), ainsi qu’entre l’ordre universel et l’ordre religieux. Cette question avait prêté à confusion chez un groupe de soufis, et al-Junayd – qu’Allah lui fasse miséricorde – la leur clarifia. Quiconque suivit al-Junayd à ce sujet resta sur la voie droite ; quiconque s’en écarta s’égara. En effet, ils affirmaient que toutes choses relèvent de la Volonté et de la Puissance d’Allah, demeurant dans la contemplation de cette Unicité – ce qu’ils appellent « la première fusion ». Al-Junayd leur expliqua qu’il est indispensable de contempler la « deuxième distinction » : tout en attestant que l’ensemble des choses participe à la Volonté, à la Puissance et à la Création d’Allah, il faut impérativement distinguer entre ce qu’Il ordonne, aime et agrée, et ce qu’Il interdit, déteste et réprouve, distinguant ainsi Ses alliés (awliyâ’) de Ses ennemis –
comme le Très-Haut a dit :
« Allons-Nous traiter les soumis comme les criminels ? Qu’avez-vous donc ? Comment jugez-vous ? »