d’existence créée, distincte de l’existence du Créateur. Son compagnon, Ṣadr ad-Dīn al-Qūnawī, établit quant à lui une distinction entre l’Absolu (al-muṭlaq) et le déterminé (al-muʿayyan), car il était plus proche de la philosophie. Aussi ne reconnut-il pas que le non-existant fût une chose ; il déclara plutôt que « la Réalité (al-Ḥaqq) est l’Existence absolue » et composa à ce sujet « Le Clef de l’invisible de l’union et de l’existence » (Miftāḥ Ghayb al-Jamʿ wa-l-Wujūd).
[Sur leur négation du Créateur et leur généralisation de la divinité]
Cette doctrine mène plus encore à l’annihilation et à la négation du Créateur ; en effet, l’Absolu à la condition de l’absoluité – l’universel conceptuel (al-kullī al-ʿaqlī) – n’existe que dans les esprits, non dans la réalité extérieure ; quant à l’Absolu sans condition – l’universel naturel (al-kullī al-ṭabīʿī)…
Si l’on objecte qu’il existe hors de l’esprit, on ne le trouve alors qu’à l’état de chose déterminée ; pour ceux qui soutiennent son existence extramentale, il n’est qu’une partie du déterminé. Il en résulte que l’existence du Seigneur se trouverait soit inexistante au dehors, soit partielle au sein de l’existence des créatures, soit identique à l’existence même des créatures.
Dès lors, le partiel crée-t-il le tout, ou la chose se crée-t-elle elle-même ? Le néant engendre-t-il l’existence, ou bien une partie d’une chose est-elle créatrice de son ensemble ?
Ces gens se dérobent au terme « ḥulūl » (immanence) car il suppose un infléchissant et un réceptacle, et au terme « ittiḥād » (union) car il implique deux entités dont l’une s’unirait à l’autre ; pourtant, selon eux, l’existence est unique. Ils affirment : « Les chrétiens ne sont tombés dans la mécréance que parce qu’ils ont particularisé le Messie en disant : “Il est Allâh.” S’ils avaient généralisé cette affirmation, ils n’auraient pas mécru. »
De même, au sujet des adorateurs d’idoles, ils déclarent : « Ils ne se sont trompés que parce qu’ils ont adoré une partie de la Manifestation à l’exclusion du reste ; s’ils avaient adoré la totalité, ils n’auraient pas erré. »