Quant à l’auteur des Fuṣûṣ, il rejeta cette parole et, dans l’adresse imaginaire et démoniaque qu’il dirigea à Junayd, déclara :
« Ô Junayd ! Qui donc, hormis celui qui n’est ni l’un ni l’autre, pourrait distinguer entre le contingent et l’Éternel ? »
Il jugea donc Junayd dans l’erreur lorsqu’il avait dit : « Distinguer le contingent de l’Éternel » ; car, selon lui, « l’existence du contingent est identique à l’existence de l’Éternel », ainsi qu’il l’affirme dans ses Fuṣûṣ :
« Parmi Ses Noms sublimes figure “al-ʿAlî – le Très-Haut”. Haut au-dessus de qui, puisqu’il n’y a que Lui ? Au-dessus de quoi, puisqu’Il n’est que Lui ? Son élévation est pour Lui-même et n’est autre que l’essence des existants ; ce que l’on nomme “contingents” est, par essence, Son élévation ; ils ne sont rien d’autre que Lui… »
Il poursuit :
« Il est l’essence de ce qui est caché et l’essence de ce qui est manifeste ; nul autre que Lui ne Le voit, nul autre que Lui ne parle de Lui ; c’est Lui qui est appelé Abû Saʿîd al-Kharrâz et autres appellations contingentes. »
On répond à ce mécréant : il n’est nullement requis, pour distinguer par la connaissance et la parole entre deux choses, d’être un troisième distinct des deux. En effet, chaque individu distingue entre lui-même et autrui sans être un troisième ; le serviteur sait qu’il est serviteur et distingue entre lui et son Créateur. De même, le Créateur – exalté soit-Il – distingue entre Lui et Ses créatures ; Il sait qu’Il est leur Seigneur et qu’ils sont Ses serviteurs, comme le proclame le Coran en maints passages ; et l’argument coranique est décisif pour les croyants qui y adhèrent intérieurement et extérieurement.
[Leur affirmation que le Coran est du polythéisme parce qu’il contredirait les Fuṣûṣ]
Quant à ces impies, ils prétendent ce qu’affirmait déjà al-Tilmisânî