entre les deux hauteurs. Le terme al-Falaq désigne encore le carcan du geôlier(1).
Quant au filq – avec la voyelle kasra –, il signifie la calamité, l’évènement prodigieux. On dit : « aflaqa l-rajulu » ou « iftalaqa » ; on qualifie également un poète de « mufliq » lorsqu’il a « apporté le filq », c’est-à-dire quelque chose d’extraordinaire.
Filq désigne aussi la baguette que l’on fend en deux pour fabriquer deux arcs ; chacun d’eux s’appelle également filq.
On rencontre encore l’expression : « il est venu avec ʿulaq fulaq », c’est-à-dire une catastrophe ; cette locution est indéclinable et ne se traite pas comme le nom ʿUmar(2). Dans le même sens, on dit : « aʿlaqtu wa-aflaqtu », autrement dit : « je suis venu avec ʿulaq fulaq ». De même, l’on dira : « il passa yaftaliq dans sa course », voulant dire qu’il accomplit quelque chose d’étonnant par sa vigueur.
Au sujet de la parole du Très-Haut : « contre le mal de ce qu’Il a créé », on a dit qu’il s’agit d’Iblîs et de sa descendance ; d’autres ont affirmé qu’il s’agit de la Géhenne ; d’autres encore ont considéré l’expression comme générale : « contre le mal de toute créature nuisible qu’Allâh – Puissant et Majestueux – a créée ».
Cinquièmement, Sa parole : « et contre le mal de l’obscurité quand elle s’approfondit » a suscité des divergences. Certains ont dit qu’il s’agit de la nuit. Le mot ghasaq désigne la première obscurité nocturne ; on dit : ghasaqa al-laylu yaghsiqu, c’est-à-dire « la nuit s’est assombrie ». Ibn Qays al-Ruqayyât a dit :
Cette nuit s’est épaissie, son voile est sans retour, A
Et souci, et insomnie, m’accablent tour à tour. A
Un autre a chanté :
Ô songe de Hind, tu m’as légué la nuit cruelle, A
Tu vins furtif chez nous, l’ombre était déjà telle. A
Telle est l’explication d’Ibn ʿAbbâs, d’al-Dahhâk, de Qatâda, d’as-Suddi et d’autres. Dans ce sens, waqaba signifie « s’assombrir », selon Ibn ʿAbbâs ; pour al-Dahhâk, « entrer » ; pour Qatâda, « s’en aller » ; pour Yamân b. Riʾâb, « se calmer ». On a encore dit qu’il signifie « descendre », comme dans : « waqaba al-ʿadhâbu ʿalâ al-kâfirîn » – « le châtiment est descendu sur les mécréants ». Le poète a dit :
Le châtiment fondit sur eux, soudain et violent, A
Comme un feu de simoûn qui les faucha brûlant. A
Al-Zajjâj a déclaré : on qualifie la nuit de ghâsiq parce qu’elle est plus froide que le jour. Ainsi, al-ghâsiq signifie « le froid », et al-ghasaq, « la fraîcheur ». De plus, c’est pendant la nuit que les fauves sortent de leurs fourrés, que les reptiles quittent leurs repaires et que les malfaiteurs se lèvent pour semer la corruption.
(1) C’est-à-dire le collier de fer fixé au cou du prisonnier.
(2) Cette expression reste indéclinable, contrairement aux noms analogues, tel ʿUmar.