C’est-à-dire : ta propre personne. Tel est (1) l’usage constant des Arabes : ils désignent le tout par l’une de ses parties. Ainsi disent-ils : « La main du temps l’a frappé, le poids des calamités et des morts » – c’est-à-dire que tout cela l’a atteint.
Le poète a dit :
Lorsque la main des malheurs s’abattit sur lui,
Il s’écria : « Où trouver aide et appui ? »
S’agissant de « tabba », al-Farrâʾ explique : le premier « tabb » est une imprécation, le second une constatation, de même que l’on dit : « Qu’Allah le fasse périr ! – il a déjà péri. » Dans la récitation d’Ibn Masʿûd et d’Ubayy on lit : « wa-qad tabba » (« et il est certes déjà perdu »).
Abû Lahab se nommait ʿAbd al-ʿUzzâ ; il était fils de ʿAbd al-Muṭṭalib, oncle du Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue. Son épouse, la borgne Umm Jamîl, sœur d’Abû Sufyân b. Ḥarb, tous deux nourrissaient une hostilité farouche envers le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue.
Târiq b. ʿAbd Allâh al-Muḥâribî rapporte : « Je me trouvais au marché de Dhû l-Majâz lorsque j’entendis un homme proclamer : “Ô gens, dites : il n’est de divinité qu’Allah et vous réussirez.” Derrière lui se tenait un homme qui le lapidait, au point d’ensanglanter ses tibias et ses talons, en criant : “Ô gens, c’est un menteur ; ne le croyez pas.” Je demandai : “Qui est-ce ?” On me répondit : “C’est Muhammad ; il prétend être Prophète. Quant à celui qui l’accuse de mensonge, c’est son oncle Abû Lahab.” »
ʿAṭâʾ rapporte d’Ibn ʿAbbâs : Abû Lahab dit : « Muhammad vous a ensorcelés ! L’un de nous peut manger une jeune chamelle (2) et boire un récipient (3) de lait sans être rassasié, tandis que Muhammad vous a rassasiés d’une seule cuisse de brebis et vous a désaltérés d’un seul récipient de lait. »
Deuxièmement, au sujet de la parole du Très-Haut : « Abî Lahab ». On a prétendu qu’il fut surnommé “Lahab” en raison de sa beauté et de l’éclat de son visage. Certains ont cru y voir la preuve qu’il est permis de donner une kunya à un polythéiste ; cela est faux. En vérité — selon les savants — Allah l’a appelé Abû Lahab pour quatre raisons :
- Son nom était ʿAbd al-ʿUzzâ, or al-ʿUzzâ est une idole, et jamais Allah n’associe, dans Son Livre, la servitude à une idole.
- Sa kunya était plus répandue que son nom, Allah l’a donc mentionnée.
- Le nom est plus noble que la kunya ; Allah — exalté soit-Il — l’a ainsi rabaissé du plus noble au moins noble lorsqu’il fallait parler de lui. C’est pourquoi Allah, Très-haut, interpelle les prophètes par leurs noms et n’emploie pour aucun d’eux une kunya. La supériorité du nom sur la kunya se manifeste encore dans le fait qu’Allah — exalté soit-Il — est désigné par des noms et non par une kunya : Il Se manifeste clairement et il est impossible de Lui attribuer une kunya, car Il s’en sanctifie.
- — (le texte se poursuit).