et d’autres encore. Abû Jaʿfar, al-Walîd – selon la lecture des gens du Šâm – ainsi qu’Abû Ḥaywah lisent : « ʾIlâfihim », avec hamza, prononcée brièvement, sans yâ’. Abû Bakr, d’après ʿÂṣim, lit : « ʾÎʾlâfihim », avec deux hamzas – la première porte la kasra, la seconde est muette ; réunir deux hamzas dans ces deux mots constitue une lecture rare. Les autres récitants lisent « Îlâfihim », avec allongement et hamza ; c’est la lecture retenue, considérée comme un badal du premier « îlâf » pour en clarifier le sens.
Ce terme est le maṣdar de « ālafa » lorsqu’on le conjugue « yaʾlafu ». Quant à « ʾalifa », on dit « ʾilfan », comme il a déjà été précisé ; il s’agit ici de l’habitude qu’ils avaient prise du voyage d’hiver et d’été.
Ibn Abî Najîḥ rapporte de Mujâhid, à propos de la parole du Très-Haut : « Îlâfihim riḥlata š-šitâʾi wa ṣ-ṣayf », qu’il a dit : « Le voyage d’hiver comme celui d’été ne leur est pas pénible ; c’est un bienfait qu’Allah a accordé à Qurayš. »
Al-Harawî et d’autres ont dit : les détenteurs de l’îlâf étaient quatre frères – Hâšim, ʿAbd Šams, al-Muṭṭalib et Nawfal – fils d’ʿAbd Manâf. Hâšim concluait l’îlâf avec le roi de Šâm, c’est-à-dire qu’il obtenait de lui un pacte – littéralement une « corde » – qui lui garantissait la sécurité de son commerce vers la Syrie. Son frère ʿAbd Šams contractait l’îlâf avec l’Abyssinie, al-Muṭṭalib avec le Yémen et Nawfal avec la Perse. Le verbe « yuʾlifu » signifie ici « accorder protection ». Ces frères étaient appelés al-mujîrîn (« ceux qui protègent »), si bien que les marchands de Qurayš parcouraient les contrées sous leur garantie sans que personne ne les inquiète.
Al-Azhari dit : l’îlâf assimile l’ijârah à la ḫafârah (1). On dit : « ālafa yuʾlifu » lorsqu’il protège les ḥamâʾil sous la ḫafârah. Les ḥamâʾil sont le pluriel de ḥamûlah (2). Il explique encore : Qurayš, habitants du Ḥaram, ne possédaient ni cultures ni troupeaux ; ils allaient chercher leurs vivres en hiver et en été en toute sécurité, tandis que les gens alentour étaient enlevés de toutes parts. S’il leur survenait quelque incident, ils disaient : « Nous sommes les habitants du Sanctuaire d’Allah », et nul ne leur portait atteinte.
Abû l-Ḥusayn Aḥmad ibn Fâris ibn Zakariyyâ rapporte, dans son Tafsîr : « Saʿîd ibn Muḥammad nous a narré, d’après Bakr ibn Sahl ad-Dimyâṭî, par son isnâd remontant à Ibn ʿAbbâs, au sujet de la parole d’Allah – Puissant et Majestueux – : “Li-îlâfi Qurayš, ilfahum, riḥlata š-šitâʾi wa ṣ-ṣayf”. En effet, lorsqu’un membre de Qurayš était frappé par la famine (3), il se rendait avec sa famille en un lieu connu, dressait sur eux une tente, puis ils mouraient, jusqu’à l’apparition de ʿAmr ibn ʿAbd Manâf, qui était un notable… »
(1) Ḫafârah : protection accordée par un clan à quiconque se place sous sa sauvegarde.
(2) Ḥamûlah : bête de somme chargée, ou la charge elle-même.
(3) Maḫmaṣah : famine, disette extrême.