afin de démolir la Ka‘bah, d’en enlever les pierres et d’édifier avec elles une maison au Yémen vers laquelle les gens accompliraient le ḥajj. Allah – Exalté soit-Il – les anéantit donc et leur rappela ainsi Son bienfait. Autrement dit, Allah fit de cet événement un bienfait destiné à la concorde (ilāf) de Quraych : Il voulut qu’ils puissent sortir en caravane sans que personne n’ose les attaquer. Tel est le sens retenu par Mujāhid et Ibn ‘Abbās, selon la version rapportée par Sa‘īd ibn Jubayr.
An-Naḥḥās rapporte :
« Aḥmad ibn Shu‘ayb nous a transmis ; ‘Amr ibn ‘Alī m’en a informé : ‘Āmir ibn Ibrāhīm – homme sûr, parmi les meilleurs – m’a dit : Khattāb ibn Ja‘far ibn Abī al-Mughīrah m’a rapporté, de son père, d’après Sa‘īd ibn Jubayr, d’après Ibn ‘Abbās, à propos de la parole du Très-Haut : ﴾Pour la concorde de Quraych﴿ ; il dit : “Mon bienfait envers Quraych est de les avoir familiarisés avec le voyage d’hiver et d’été.” »
Il ajouta : « Ils passaient l’hiver à La Mecque et l’été à Ṭā’if. »
Selon cette opinion, il est permis de s’arrêter au terme de chaque verset, même si la phrase n’est pas achevée, comme nous l’exposerons au cours de la sourate.
On a également dit que les deux sourates ne sont pas liées, car la basmala qui les sépare – « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » – marque la clôture de la première et l’ouverture de la suivante ; dès lors, la préposition lām se rattache à la parole du Très-Haut : ﴾qu’ils adorent﴿, c’est-à-dire : « qu’ils adorent donc le Seigneur de cette Maison, pour l’alliance qui leur a permis le voyage d’hiver et d’été afin de se pourvoir en vivre[1]. »
Al-Khalīl a dit de même : les deux sourates ne sont pas liées, comme s’il disait : « Allah a réuni Quraych par un pacte de concorde ; qu’ils adorent donc le Seigneur de cette Maison. » L’action exprimée après le fāʾ se rapporte ici à ce qui la précède, le fāʾ n’étant qu’une particule supplémentaire, non conjonctive, comme dans : « Zayd – frappe-le. »
D’autres ont dit que la lām dans ﴾liʾīlāfi Quraych﴿ est la lām de l’étonnement : « Émerveillez-vous de la concorde de Quraych » – avis d’al-Kisā’ī et d’al-Akhfash. D’autres encore ont dit qu’elle signifie « ilā » (vers).
Ibn ‘Āmir a récité ﴾liʾlāf Quraych﴿ en articulant le hamza, sans la lettre yāʾ. Abū Ja‘far et al-A‘raj ont récité ﴾lilāf﴿ sans hamza, par souci de légèreté. Les autres lecteurs récitent ﴾liʾīlāfi﴿ avec yāʾ et hamza pleinement articulés, dérivé de : aliftu – uʾlifu – īlāfan.
Le poète a dit :
« Les généreux quand les étoiles changent leur place,
Et ceux qui partent pour la caravane de l’ilāf. »
On dit également : « aliftuhu ilfan wa ilāfan » (je me suis lié par ilf et par ilāf).
Abū Ja‘far a aussi récité : ﴾liʾilfi Quraych﴿. Celui qui a dit :
« Vous prétendez que vos frères sont Quraych…
Eux ont un ilf, tandis que vous n’avez pas d’ilāf[2] »,
a ainsi réuni les deux formes.
Al-Jawharī dit : « Un tel s’est accoutumé (bi-lkasr) à ce lieu – yaʾlafuhu ilfan –, et un autre le lui a fait fréquenter : ālafahu iyyāhu. »
On dit encore : « ālaftu al-mawdi‘, uʾlifuhu īlāfan » ; de même : « ālaftu al-mawdi‘, uʾlifuhu muʾālafatan wa ilāfan. »
[1] C’est-à-dire pour s’approvisionner.
[2] Vers cité pour combiner les deux formes, ilf et ilāf.