« Nous dépêcherons avec toi quelqu’un qui te guidera jusqu’à elle ; épargne-nous donc. »
Ils envoyèrent alors Abû Righâl pour l’accompagner jusqu’à ce qu’il le fit camper à al-Mughammis¹. Or, lorsque Abû Righâl y fut installé, il mourut sur place. Les Arabes lapidèrent alors sa tombe ; c’est cette tombe que l’on lapide encore aujourd’hui à al-Mughammis.
À ce sujet, le poète a dit :
« Je lapide sa tombe, année après année,
Comme on lapide le tombeau d’Abû Righâl. »
Lorsque Abraha eut établi son camp à al-Mughammis, il envoya un Abyssin nommé al-Aswad ibn Maqsûd², à la tête de sa cavalerie. Celui-ci parvint jusqu’à La Mecque, s’empara des biens des habitants de Tihâma — Qurayshites et autres — et prit notamment deux cents chameaux appartenant à ʿAbd al-Muṭṭalib ibn Hâshim, le doyen et seigneur de Quraysh. Quraysh, Kinâna, Hudhayl, ainsi que tous ceux qui se trouvaient dans le Ḥaram, résolurent de le combattre ; mais, comprenant qu’ils n’avaient pas la force de lui résister, ils y renoncèrent.
Abraha dépêcha alors Ḥinâṭa l’Himyari à La Mecque et lui dit : « Renseigne-toi sur le seigneur et le notable de cette cité ; puis dis-lui : “Le roi déclare : je ne suis pas venu pour vous faire la guerre, mais pour démolir cette Maison. Si vous ne m’affrontez pas, je n’ai que faire de votre sang. S’il ne veut pas me combattre, amène-le-moi.” »
Lorsque Ḥinâṭa entra dans La Mecque, il demanda qui était le maître et le noble de Quraysh. On lui répondit : « ʿAbd al-Muṭṭalib ibn Hâshim. » Il se rendit donc auprès de lui et lui transmit le message d’Abraha. ʿAbd al-Muṭṭalib répondit : « Par Allah, nous ne voulons pas le combattre et nous n’en avons pas la capacité. Cette Maison est la Maison sacrée d’Allah, la Demeure de Son ami intime Ibrâhîm, paix sur lui. Si Allah la protège, c’est Son sanctuaire et Sa Maison ; et s’Il laisse Abraha l’atteindre, par Allah, nous n’avons aucun moyen de la défendre. »
Ḥinâṭa dit alors : « Viens donc avec moi, car il m’a ordonné de te conduire à lui. » ʿAbd al-Muṭṭalib partit donc avec lui, accompagné de quelques-uns de ses fils, jusqu’à ce qu’ils atteignirent le camp. Il demanda à voir Dhû Nafar — son ami — et entra auprès de lui dans sa prison.
Il lui dit : « Ô Dhû Nafar, peux-tu nous être d’un quelconque secours dans le malheur qui nous frappe ? » Dhû Nafar répondit : « Que peut faire un homme captif aux mains d’un roi, attendant qu’il le fasse exécuter matin et soir ? Je ne puis rien pour toi, si ce n’est qu’Unays, le cornac de l’éléphant, est un ami à moi. Je vais lui envoyer quelqu’un, lui recommander ton affaire, lui rappeler ton droit, et le prier de solliciter pour toi l’autorisation d’entrer auprès du roi. Tu pourras alors lui dire ce que tu voudras, et, s’il le peut, il intercédera en ta faveur. » — « Cela me suffit », répondit ʿAbd al-Muṭṭalib.
Dhû Nafar envoya donc un message à Unays et lui dit …
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¹ Al-Mughammis : lieu situé près de La Mecque.
² Al-Aswad ibn Maqsûd : officier abyssin dans l’armée d’Abraha.