Interprétation (tafsîr) de la sourate
« Al-Fîl »
Elle est mecquoise, selon l’unanimité des exégètes, et se compose de cinq versets.
Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
[Sourate Al-Fîl (105)
: verset 1]
Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
« N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi envers les gens de l’Éléphant ? » (1)
Elle comporte cinq questions :
Première question : Sa parole – exalté soit-Il – : « N’as-tu pas vu » signifie : « Ne t’a-t-on pas informé ? ». D’aucuns ont dit : « Ne savais-tu pas ? ». Ibn ʿAbbâs dit : « N’as-tu pas entendu ? ». L’expression est une interrogation dont la portée est confirmative. Le discours s’adresse au Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — mais il est, en réalité, général : « N’avez-vous donc pas vu ce que J’ai fait aux gens de l’Éléphant ? » Autrement dit : vous avez bel et bien vu cela et compris l’étendue de Ma faveur envers vous ; qu’avez-vous donc à ne pas croire ? Le mot kayfa (« comment ») est placé à l’accusatif, régi par « ton Seigneur a agi », et non par « N’as-tu pas vu ? », lequel demeure à valeur interrogative.
Deuxième question : Sa parole – exalté soit-Il – : « envers les gens de l’Éléphant ». L’éléphant est un animal connu ; son pluriel est afyâl, fuyûl et fiyalah. Ibn as-Sikkît dit : « Ne dis pas afîlah. » [Le féminin est fiyalah] et celui qui le conduit se nomme fayyâl. Sîbawayh dit : il est possible que le mot fîl provienne du modèle fuʿl, puis qu’il ait été vocalisé au kasra à cause du yâ’, de même que abyaḍ / byaḍ. Al-Akhfash objecte : cela ne saurait concerner le singulier, mais seulement le pluriel. On dit : « un homme fîlu ar-ra’y », c’est-à-dire faible d’opinion ; au pluriel : afyâl. On dit aussi : « un homme fâl », c’est-à-dire faible d’opinion, errant dans son intuition. On dit encore : fâla ar-ra’yu yafîlu fuyûlah, et fayyala ra’yahu tafyîlan, c’est-à-dire il a affaibli son jugement ; il est alors fiyyalu ar-ra’y.
Troisième question : au sujet de l’histoire des gens de l’Éléphant. Abraha bâtit en effet la Qullays à Ṣanʿâʾ, une église telle qu’on n’en avait jamais vu de semblable, en son époque, nulle part sur terre. Chrétien, il écrivit ensuite au Négus : « Ô Roi, je t’ai élevé une église qu’aucun souverain avant toi n’a possédée ; et je ne cesserai mon action que lorsque j’aurai détourné vers elle le pèlerinage des Arabes. »