C’est là une annonce porteuse de bonne nouvelle : il se verra réunir pour lui la félicité d’ici-bas et celle de l’Au-delà. Quant à l’interrogatoire du mécréant, il constitue un blâme, car il a répondu aux bienfaits d’ici-bas par la mécréance et la désobéissance.
D’aucuns ont dit : cet interrogatoire au sujet de chaque bienfait ne concerne que les mécréants. Il est en effet rapporté que, lorsque ce verset fut révélé, Abû Bakr dit : « Ô Messager d’Allâh, que penses-tu du repas que j’ai pris avec toi chez Abû al-Haytham ibn at-Tayyahân : pain d’orge, viande, bosr (1) déjà mûrs, et eau douce ? Crains-tu pour nous que cela fasse partie des bienfaits au sujet desquels nous serons interrogés ? » Il répondit ﷺ : « Cela est pour les mécréants », puis il récita : « Et ne rétribuons-Nous que l’ingrat ? » (2) [Sabaʾ : 17]. Ce récit est rapporté par al-Qushayrî Abû Naṣr.
Al-Ḥasan a dit : « Nul ne sera interrogé au sujet du bienfait si ce n’est les gens du Feu. »
Al-Qushayrî a commenté : la conciliation des textes veut que tous soient interrogés, mais l’interrogatoire des mécréants est un reproche, parce qu’ils ont délaissé la gratitude, tandis que celui des croyants est un honneur, parce qu’ils ont remercié. Et ce bienfait concerne toute faveur.
Je dis : cette opinion est pertinente, car l’expression est générale.
Al-Firyâbî rapporte : Warrâqâ nous a transmis, d’après Ibn Abî Najîḥ, d’après Mujâhid, au sujet de la parole du Très-Haut : « Puis, ce jour-là, vous serez interrogés au sujet du bienfait », qu’il s’agit de toute jouissance de ce bas-monde.
Abû al-Ahwâṣ a rapporté d’après ʿAbd Allâh, d’après le Prophète ﷺ, qu’il a dit : « Allâh énumérera Ses bienfaits sur le serviteur, le Jour de la Résurrection, jusqu’à Lui rappeler : “Tu M’as demandé Untelle en mariage” — Il la nommera par son nom — “et Je te l’ai donnée.” »
Dans (le Sunan de) at-Tirmidhî, on rapporte d’après Abû Hurayra : lorsque fut révélé le verset : « Puis, ce jour-là, vous serez interrogés au sujet du bienfait », les gens dirent : « Ô Messager d’Allâh, de quel bienfait serons-nous interrogés ? Nous n’avons que les deux noirs (3), tandis que l’ennemi est là et nos épées sur nos épaules. » Il répondit : « Cela arrivera bel et bien. »
Et d’après lui encore, le Messager d’Allâh ﷺ a dit : « La première chose au sujet de laquelle le serviteur sera interrogé, le Jour de la Résurrection, c’est qu’on lui dira : “Ne t’avons-Nous pas donné un corps sain et abreuvé d’une eau fraîche ?” »
Dans le ḥadîth d’Ibn ʿUmar, il a entendu le Messager d’Allâh ﷺ dire : « Le Jour de la Résurrection, Allâh appellera un de Ses serviteurs, le fera se tenir devant Lui et l’interrogera sur sa renommée comme Il l’interrogera sur sa richesse. » Or la renommée est, sans conteste, un bienfait de ce bas-monde.
Mâlik — qu’Allâh lui fasse miséricorde — a dit : il s’agit de la santé du corps et de la bonne disposition de l’âme ; c’est la septième opinion.
On a dit également : le sommeil, accompagné de sécurité et de bonne santé.
Sufyân ibn ʿUyaynah a déclaré : « Ce qui apaise la faim et couvre la nudité, qu’il s’agisse d’une nourriture grossière ou d’un vêtement rude, l’homme n’en sera pas interrogé le Jour de la Résurrection ; il ne sera interrogé que sur le bienfait. » Il ajouta : « La preuve en est qu’Allâh — Très-Haut — fit résider Âdam au Paradis et lui dit : “En vérité, tu n’y connaîtras ni faim ni nudité.” »