Ainsi, il arrive qu’un homme sorte afin de se recueillir ; son regard tombe alors sur une femme et la tentation le gagne – et l’inverse est tout aussi vrai. Chacun, homme ou femme, retourne donc chargé de péché sans aucune récompense. – Et Allah est plus savant.
Cinquièmement :
Les savants ont dit : Celui qui veut soigner son cœur et le conduire, par les chaînes de la contrainte, à l’obéissance de son Seigneur, doit multiplier le rappel du Démolisseur[1] des jouissances, du Disperseur des assemblées, de celui qui rend orphelins fils et filles ; il doit persévérer à assister les agonisants et à visiter les tombes des défunts musulmans. Voilà trois moyens dont quiconque a le cœur endurci et est enlisé dans sa faute doit se servir pour guérir son mal et appeler au secours contre les tentations de Satan et de ses alliés.
Si la fréquentation du souvenir de la mort lui profite et dissipe la dureté de son cœur, tant mieux ; mais si la rouille de son cœur s’est épaissie et que les incitations au péché s’y sont enracinées, alors le fait de voir les mourants et de visiter les sépultures des musulmans atteint, pour repousser cette dureté, un degré que le premier moyen n’atteint pas. Car le rappel de la mort n’est qu’une information adressée au cœur sur l’issue qui l’attend ; il tient lieu d’avertissement et d’intimidation. Quant à la vision d’un mourant et à la visite de la tombe d’un défunt musulman, elles constituent une constatation directe et concrète ; c’est pourquoi elles sont plus éloquentes que le simple rappel.
Le Prophète – que les prières et la paix d’Allah soient sur lui – a dit : « Le récit n’est pas comparable à la vision directe. » (rapporté par Ibn ʿAbbâs).
Or, méditer sur l’état des agonisants n’est pas possible à tout moment ; il se peut même que celui qui cherche à traiter son cœur n’y parvienne pas à l’instant voulu. La visite des tombes, en revanche, est plus aisément réalisable et il est plus pertinent et plus juste d’en tirer profit.
Quiconque se résout à cette visite doit en observer l’étiquette : rendre son cœur présent durant son déplacement et ne pas se contenter de tourner autour des tombes, car un tel comportement ne serait guère différent de celui d’une bête – qu’Allah nous en préserve. Il doit plutôt viser, par sa visite, la Face d’Allah Très-Haut, la réforme de la corruption de son cœur ou le bénéfice du défunt en récitant pour lui le Coran et en invoquant (Allah). Il évitera de marcher sur les tombes ou de s’y asseoir, et il adressera le salut lorsqu’il pénètre dans le cimetière ; s’il arrive à la tombe d’un mort qu’il connaît, il la saluera également, en venant du côté de son visage, car le visiter revient à lui parler comme s’il était vivant : s’il le rencontrait vivant, la bienséance voudrait qu’il se tienne face à lui ; il en est de même ici.
Ensuite, qu’il prenne exemple sur celui qui gît sous la terre, coupé des siens et de ses proches, alors qu’il commandait jadis armées et troupes, rivalisait avec compagnons et clans, amassait richesses et trésors ; la mort l’a surpris à une heure qu’il n’attendait pas, dans une effroi qu’il n’imaginait pas. Que le visiteur médite donc l’état de ceux de ses frères qui sont partis, de ceux qui l’ont précédé…
[1] Expression consacrée désignant la mort : « hâdim al-ladhdhât », le destructeur des plaisirs.