Certes, Allah ne lèse pas du poids d’une particule [1] (an-Nisâʾ, 40).
Il a déjà été précisé, plus haut, ce qu’est la « dharrah » et qu’elle ne possède aucun poids réel.
Des spécialistes de la langue ont rapporté que le terme « dhar » désigne l’action de frapper la terre de la main ; la poussière qui adhère alors à la paume constitue la dharrah. Ibn ʿAbbâs a tenu le même propos : « Lorsque tu poses ta main sur le sol puis la retires, chacune des particules de poussière qui y collent est une dharrah. »
Muhammad ibn Kaʿb al-Quraẓî a dit : « Quiconque, parmi les mécréants, accomplit le poids d’une dharrah de bien en voit la récompense dans ce bas-monde [2] — touchant sa personne, ses biens, sa famille et ses enfants —, jusqu’à ce qu’il quitte la vie d’ici-bas sans qu’il ne subsiste pour lui, auprès d’Allah, le moindre bien. Et quiconque, parmi les croyants, commet le poids d’une dharrah de mal en voit la sanction dans ce monde [3] — concernant sa personne, ses biens, ses enfants et sa famille —, jusqu’à ce qu’il quitte la vie d’ici-bas sans qu’il ne demeure pour lui, auprès d’Allah, le moindre mal. »
La preuve en est ce que les transmetteurs fiables ont rapporté du ḥadîth d’Anas : cette āyah fut révélée au Prophète — qu’Allah lui accorde éloges et salut — alors qu’Abû Bakr mangeait. Celui-ci s’interrompit et dit : « Ô Messager d’Allah, verrons-nous réellement ce que nous avons fait de bien et de mal ? » Il répondit :
« Tout ce que tu as vu et qui te déplaît constitue des atomes de mal ; quant aux atomes de bien, ils sont thésaurisés pour vous jusqu’à ce qu’ils vous soient remis le Jour de la Résurrection. »
Abû Idrîs dit : « La confirmation de cela se trouve dans le Livre d’Allah : « Et tout malheur qui vous atteint est dû à ce que vos mains ont acquis, et Il pardonne bien des choses » [4] (ash-Shûrâ, 30). »
Muqâtil a déclaré : « Cette āyah fut révélée au sujet de deux hommes. En effet, lorsque fut révélée : « Et ils offrent la nourriture par amour pour Lui » [5] (al-Insân, 8), l’un d’eux, lorsqu’un nécessiteux se présentait à lui, jugeait insignifiant de lui donner une datte, une bouchée de pain ou une noix [6]. L’autre traitait à la légère le péché véniel — tel qu’un mensonge, une médisance ou un regard illicite — et disait : « Allah n’a menacé du Feu que pour les péchés majeurs. » L’āyah vint donc les encourager à donner même le peu de bien, car il est proche de s’accumuler, et les avertir du moindre péché, car il est proche de se multiplier. C’est également l’avis de Saʿîd ibn Jubayr.
Le péché mineur apparaîtra, aux yeux de son auteur, le Jour de la Résurrection, plus imposant que les montagnes, tandis que l’ensemble de ses bonnes actions lui paraîtra plus léger que toute chose.
Deuxième question : la lecture courante est « yarah », avec la fatḥa sur le yâʾ dans les deux versets. Al-Jahdarî, as-Salamî, ʿÎsâ ibn ʿUmar et Abân, d’après ʿĀṣim, lisent « yurahu », avec la ḍamma sur le yâʾ, c’est-à-dire : « Allah le lui fera voir. » La première lecture est toutefois à privilégier, conformément à la parole du Très-Haut : « Le jour où chaque âme trouvera présent ce qu’elle a accompli de bien… » [7] (Âl ʿImrân, 30). Par ailleurs, la consonne hāʾ finale de « yarah » y est prononcée atone.