Au sujet d’Abû Jahl.
On a dit : l’ensemble de la sourate fut révélé au sujet d’Abû Jahl. Celui-ci avait interdit au Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – d’accomplir la prière ; Allah ordonna donc à Son Prophète d’accomplir la prière dans la Mosquée et de réciter : « Au nom de ton Seigneur ». Selon cette opinion, la sourate ne compte donc pas parmi les toutes premières révélations. Il se peut toutefois que les cinq premiers versets aient été révélés les tout premiers, puis que le reste soit descendu au sujet d’Abû Jahl ; il fut ensuite ordonné au Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – de rattacher ces versets au début de la sourate, car l’agencement des sourates s’est fait par ordre divin.
Ne vois-tu pas que la parole du Très-Haut :
« Et craignez le Jour où vous serez ramenés vers Allah » ¹
(al-Baqarah, 281)
est le dernier verset révélé, alors qu’il a été joint à un passage révélé longtemps auparavant ?
« Kallâ » signifie ici : « certes » (ḥaqqan), puisqu’aucune parole ne le précède. Quant à « l’homme », il s’agit ici d’Abû Jahl.
La « transgression » (ṭughyân) consiste à dépasser la limite dans la désobéissance. « Parce qu’il se voit dans l’aisance » signifie : parce qu’il s’est considéré comme auto-suffisant, c’est-à-dire doté de biens et de richesses.
Ibn ‘Abbâs, selon la chaîne rapportée par Abû Ṣâliḥ, a dit :
Lorsque ce verset fut révélé et que les polythéistes en eurent connaissance, Abû Jahl vint trouver le Prophète et dit :
« Ô Muhammad ! Tu prétends que celui qui devient indépendant transgresse ; change donc pour nous les montagnes de La Mecque en or : peut-être en prendrons-nous, transgresserons-nous, délaisserons-nous notre religion et embrasserons-nous la tienne. »
Alors Jibrîl – sur lui la paix – vint au Prophète et dit :
« Ô Muhammad ! Donne-leur le choix à ce propos ; s’ils le souhaitent, Nous exaucerons leur demande ; mais s’ils ne se soumettent pas, Nous les traiterons comme Nous avons traité les compagnons de la Table (al-Mâ’idah). »
Le Messager d’Allah – paix et bénédictions d’Allah sur lui – comprit alors que ces gens n’accepteraient pas cela, et il s’abstint, par miséricorde à leur égard ².
On a également dit que « lorsqu’il se voit dans l’aisance » signifie : lorsqu’il se voit soutenu par son clan, ses partisans et ses alliés.
Le « lâm » a été omis dans l’expression « an ra’âhu », comme on le dit : « Vous dépassez la limite quand vous voyez votre richesse. »
Al-Farrâ’ a dit : on n’a pas dit « ra’â nafsahu » – comme on dit « qatala nafsahu » – car « ra’â » fait partie des verbes qui requièrent un sujet et un attribut, tels « penser » ou « croire » ; on ne peut donc se contenter d’un seul complément.
Les Arabes omettent le mot « nafs » dans ce genre d’expressions : elles disent par exemple : « ra’aytanî », « ḥasibtanî », « quand te verrai-je sortir ? », « quand te croirai-je sorti ? »
Mujâhid, Ḥumayd et Qunbul, d’après Ibn Kathîr, ont lu : « an ra-ahu istagnâ » en contractant la hamza. Les autres récitateurs lisent « ra’âhu » en l’allongeant, et c’est la lecture retenue.