Lorsqu’il atteignit le verset : « Je vous ai donc avertis d’un Feu ardent », il fut submergé par les sanglots ; incapable d’aller plus loin à cause de ses pleurs, il interrompit la récitation et choisit une autre sourate.
Al-Farrâʾ dit : « “Sauf le plus misérable” désigne celui qu’Allâh — exalté soit Son éloge — sait, dans Sa science éternelle, voué au malheur. »
Ad-Ḍaḥḥâk rapporte d’Ibn ʿAbbâs : « Nul ne s’y consumera sinon le plus misérable : Umayya b. Khalaf et ses semblables, ceux qui traitèrent Muḥammad — paix et bénédictions d’Allâh sur lui — de menteur. »
Qatâdah dit : « Il a démenti le Livre d’Allâh et s’est détourné de l’obéissance à Allâh. »
Al-Farrâʾ ajoute : « Il ne l’a pas démenti par un rejet manifeste ; il s’est seulement montré négligent à l’égard de l’obéissance qui lui était prescrite, et cette négligence a été assimilée à un démenti, tout comme on dit : “Untel a rencontré l’ennemi puis a menti”, c’est-à-dire qu’il s’est dérobé et a rebroussé chemin. »
Il déclara encore : « J’ai entendu Abû Tharwân dire : “Chez les Banû Numayr il n’est rapporté à l’encontre de leur aïeul aucune makdhûbah[1].” » Autrement dit, lorsqu’ils rencontrent l’ennemi, ils se montrent véridiques dans le combat et ne reculent pas.
De même, la parole du Très-Haut : « À son avènement, nul ne la traitera de mensonge »[2] (al-Wâqiʿah, 2) signifie qu’elle est assurément vraie.
J’ai entendu Salm b. al-Ḥasan dire : « J’ai entendu Abû Isḥâq az-Zajjâj affirmer : “C’est en raison de ce verset que les partisans de l’Irjâʾ[3] ont défendu leur doctrine, prétendant que nul n’entrera en Enfer si ce n’est un mécréant.” »
Ils s’appuient sur la parole d’Allâh — exalté soit-Il : « Nul ne s’y brûlera sinon le plus misérable, celui qui a démenti et s’est détourné. » Or l’affaire n’est pas telle qu’ils l’ont imaginée : il s’agit d’un Feu précisément désigné ; nul ne sera exposé à ce Feu-là si ce n’est celui qui a démenti et s’est détourné. Les hôtes de l’Enfer y occupent divers degrés ; ainsi : « Les hypocrites sont, certes, au plus bas fond du Feu. » Allâh, qu’Il soit magnifié, est libre : toute catégorie de châtiment qu’Il a promise, Il peut en châtier qui Il veut.
Il a dit aussi — exalté soit-Il : « Certes, Allâh ne pardonne pas qu’on Lui associe, mais Il pardonne ce qui est au-dessous de cela à qui Il veut »[4] (an-Nisâʾ, 48). Si toute personne qui n’associait pas ne devait jamais être châtiée, la parole : « et Il pardonne ce qui est au-dessous de cela à qui Il veut » serait dépourvue d’utilité ; l’expression « Il pardonne ce qui est au-dessous de cela » n’aurait alors plus de sens.
Az-Zamakhsharî remarque : « Le verset oppose la condition d’un personnage éminent parmi les polythéistes à celle d’un personnage éminent parmi les croyants ; l’intention était de pousser à l’extrême la description de leurs états contraires. C’est pourquoi il est dit : “le plus misérable”, en le présentant comme réservé à la Fournaise, comme si le Feu n’avait été créé que pour lui. »
[1] makdhûbah : acte de lâcheté ou de défaillance qu’on qualifie métaphoriquement de « mensonge ».
[2] Verset 2 de la sourate al-Wâqiʿah.
[3] Irjâʾ : doctrine des Murjiʾa, qui diffère quant au statut des pécheurs.
[4] Sourate an-Nisâʾ, verset 48.