Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

[Sourate Al-Balad (90) – Versets 5 à 9]
« Pense-t-il que nul ne pourra rien contre lui ? » (5)
« Il dit : “J’ai dépensé d’énormes richesses.” » (6)
« S’imagine-t-il que personne ne l’a vu ? » (7)
« Ne lui avons-Nous pas donné deux yeux, » (8)
« une langue et deux lèvres ? » (9)

Parole du Très-Haut :

« Pense-t-il que nul ne pourra rien contre lui ? »
C’est-à-dire : le fils d’Âdam s’imagine-t-il qu’Allah – Puissant et Majestueux – ne le châtiera pas ?

« Il dit : “J’ai détruit” », c’est-à-dire : « j’ai dépensé ».

« une fortune lubadan », c’est-à-dire abondante, amassée.

« Pense-t-il », autrement dit : croit-il.

« Que nul ne l’a vu », c’est-à-dire qu’aucun témoin ne l’a côtoyé ? Bien au contraire, Allah – Puissant et Majestueux – en a pleine connaissance. Il mentait donc lorsqu’il disait : « J’ai dilapidé », car il ne l’avait pas réellement dépensé.

Abou Hurayra rapporte que le Prophète – paix et bénédiction d’Allah sur lui – a dit : « On fera comparaître le serviteur et on lui demandera : “Qu’as-tu fait de la fortune que Je t’ai accordée ?” Il répondra : “Je l’ai dépensée et purifiée.” Il lui sera alors rétorqué : “N’est-ce pas plutôt pour que l’on dise : ‘Un tel est généreux’ ? Or cela a été dit. ” Puis il recevra l’ordre d’être conduit en Enfer. »

Selon Saʿîd, d’après Qatâda : « Tu seras interrogé au sujet de tes biens : d’où les as-tu acquis ? Et comment les as-tu dépensés ? »

Ibn ʿAbbâs a dit : Abou al-Ashaddayn proclamait : « J’ai consacré beaucoup d’argent à combattre Muhammad. » Il mentait en cela.

Muqâtil rapporte : Le verset fut révélé au sujet de Hârith ibn ʿÂmir ibn Nawfal ; il commit une faute, consulta le Prophète – paix et bénédiction sur lui –, lequel lui prescrivit une expiation. Il déclara alors : « Depuis que j’ai embrassé la religion de Muhammad, ma fortune est partie dans les expiations et les dépenses. » Cette parole peut relever soit de la vanité vis-à-vis de ce qu’il a dépensé – auquel cas c’est un excès –, soit du regret – auquel cas c’est le signe d’un remords.

Abou Jaʿfar a récité « mâlan lubbadan » en redoublant la lettre bâ’, sur la forme du pluriel lâ-budd, comme râkiʿ/rukkāʿ, sâjid/sujjād, shâhid/shuhhad et consorts. Mujâhid et Humayd ont lu avec la bâ’ et la lâm voyellisées par la ḍamma, sans redoublement ; pluriel lubûd. Les autres lecteurs prononcent avec la lâm dammée, la bâ’ ouverte et allégée ; pluriel lubdah ou libdah : ce qui s’agglutine, exprimant l’abondance. L’exégèse de ce terme a déjà été exposée dans la sourate « Al-Jinn »[1].

Il est rapporté du Prophète – paix et bénédiction sur lui – qu’il récitait « A-yahsubu » en fermant la sîn (u) dans les deux occurrences.

Al-Hasan a dit : Il déclare : « J’ai anéanti une grande fortune, qui donc me demandera des comptes ? Laisse-moi en faire le calcul. » Ne sait-il donc pas qu’Allah est capable de le juger et qu’Allah – Puissant et Majestueux – voit son œuvre ?

Ensuite le Très-Haut énumère Ses bienfaits envers lui : « Ne lui avons-Nous pas accordé deux yeux avec lesquels il voit, une langue avec laquelle il parle, et deux lèvres grâce auxquelles il couvre… »

[سورة البلد (٩٠) : الآيات ٥ الى ٩] أَيَحْسَبُ أَنْ لَنْ يَقْدِرَ عَلَيْهِ أَحَدٌ (٥) يَقُولُ أَهْلَكْتُ مَالًا لُبَداً (٦) أَيَحْسَبُ أَنْ لَمْ يَرَهُ أَحَدٌ (٧) أَلَمْ نَجْعَلْ لَهُ عَيْنَيْنِ (٨) وَلِساناً وَشَفَتَيْنِ (٩) قَوْلُهُ تَعَالَى: (أَيَحْسَبُ أَنْ لَنْ يَقْدِرَ عَلَيْهِ أَحَدٌ) أَيْ أَيَظُنُّ ابْنُ آدَمَ أَنْ لَنْ يُعَاقِبَهُ اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ. (يَقُولُ أَهْلَكْتُ) أَيْ أَنْفَقْتُ. (مَالًا لُبَداً) أَيْ كَثِيرًا مُجْتَمِعًا. أَيَحْسَبُ أَيْ أَيَظُنُّ. (أَنْ لَمْ يَرَهُ) أَيْ أَنْ لَمْ يُعَايِنْهُ أَحَدٌ بَلْ عَلِمَ اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ ذَلِكَ مِنْهُ، فَكَانَ كَاذِبًا فِي قَوْلِهِ: أَهْلَكْتُ وَلَمْ يَكُنْ أَنْفَقَهُ. وَرَوَى أَبُو هُرَيْرَةَ قَالَ: يُوقَفُ الْعَبْدُ، فَيُقَالُ مَاذَا عَمِلْتَ فِي الْمَالِ الَّذِي رَزَقْتُكَ؟ فَيَقُولُ: أَنْفَقْتُهُ وَزَكَّيْتُهُ. فَيُقَالُ: كَأَنَّكَ إِنَّمَا فَعَلْتَ ذَلِكَ لِيُقَالَ سَخِيٌّ، فَقَدْ قِيلَ ذَلِكَ. ثُمَّ يُؤْمَرُ بِهِ إِلَى النَّارِ. وَعَنْ سَعِيدٍ عَنْ قَتَادَةَ: إِنَّكَ مَسْئُولٌ عَنْ مَالِكَ مِنْ أَيْنَ جَمَعْتَ؟ وَكَيْفَ أَنْفَقْتَ؟ وَعَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ قَالَ: كَانَ أَبُو الْأَشَدَّيْنِ يَقُولُ: أَنْفَقْتُ فِي عَدَاوَةِ مُحَمَّدٍ مَالًا كَثِيرًا وَهُوَ فِي ذَلِكَ كَاذِبٌ. وَقَالَ مُقَاتِلٌ: نَزَلَتْ فِي الْحَارِثِ بْنِ عَامِرِ بْنِ نَوْفَلٍ، أَذْنَبَ فَاسْتَفْتَى النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، فَأَمَرَهُ أَنْ يُكَّفِرَ. فَقَالَ: لَقَدْ ذَهَبَ مَالِي فِي الْكَفَّارَاتِ وَالنَّفَقَاتِ، مُنْذُ دَخَلْتُ فِي دِينِ مُحَمَّدٍ. وَهَذَا الْقَوْلُ مِنْهُ يَحْتَمِلُ أَنْ يَكُونَ اسْتِطَالَةً بِمَا أَنْفَقَ، فَيَكُونُ طُغْيَانًا مِنْهُ، أَوْ أَسَفًا عَلَيْهِ، فَيَكُونُ نَدَمًا مِنْهُ. وَقَرَأَ أَبُو جَعْفَرٍ (مَالًا لبدا) بتشديد الباء مفتوحة، على جمع لا بد، مِثْلُ رَاكِعٍ وَرُكَّعٍ، وَسَاجِدٍ وَسُجَّدٍ، وَشَاهِدٍ وَشُهَّدٍ، وَنَحْوِهِ. وَقَرَأَ مُجَاهِدٌ وَحُمَيْدٌ بِضَمِّ الْبَاءِ وَاللَّامِ مُخَفَّفًا، جَمْعَ لُبُودٍ. الْبَاقُونَ بِضَمِّ اللَّامِ وَكَسْرِهَا وَفَتْحِ الْبَاءِ مُخَفَّفًا، جَمْعَ لُبْدَةٍ وَلِبْدَةٍ، وَهُوَ مَا تَلَبَّدَ، يُرِيدُ الْكَثْرَةَ. وَقَدْ مَضَى فِي سُورَةِ " الْجِنِّ" الْقَوْلُ فِيهِ «١» . وَرُوِيَ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَنَّهُ كَانَ يَقْرَأُ (أَيَحْسُبُ) بِضَمِّ السِّينِ فِي الْمَوْضِعَيْنِ. وَقَالَ الْحَسَنُ: يَقُولُ أَتْلَفْتُ مَالًا كَثِيرًا، فَمَنْ يُحَاسِبُنِي بِهِ، دَعْنِي أَحْسِبْهُ. أَلَمْ يَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ قَادِرٌ عَلَى مُحَاسَبَتِهِ، وَأَنَّ اللَّهَ عَزَّ وَجَلَّ يَرَى صَنِيعَهُ. ثُمَّ عَدَّدَ عَلَيْهِ نِعَمَهُ فَقَالَ: أَلَمْ نَجْعَلْ لَهُ عَيْنَيْنِ يُبْصِرُ بِهِمَا. وَلِساناً يَنْطِقُ به. وَشَفَتَيْنِ يستر بهما
(١). راجع ج ١٩ ص ٢٢ وما بعدها.

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