Il s’agit de stigmatiser l’héritier qui s’est vu octroyer l’argent facilement, sans peine ni effort, sans qu’une seule goutte de sueur ne perle sur son front ; puis il se livre au gaspillage, le dépense à outrance et le consomme avec largesse, mêlant dans ses repas toutes sortes de mets, de boissons et de fruits convoités, à l’instar de ces héritiers oisifs.
« Et vous aimez la richesse d’un amour immodéré » : c’est-à-dire d’un amour intense, qu’il s’agisse du licite ou de l’illicite. Le mot jamm signifie « abondant ».
On dit : « jamma la chose, yajummu jumūman » : il l’a amassée en grande quantité ; on le qualifie alors de jamm ou de jāmm.
De là l’expression : « jamma l’eau dans le bassin » quand elle s’y rassemble et devient abondante.
Le poète a dit :
Si Tu pardonnes, Seigneur, alors pardonne largement ;
Quel serviteur Te sert sans jamais aucun manquement ?¹
La jammatu désigne le lieu où l’eau s’accumule ;
la jamūm est le puits à l’eau abondante.
Jamūm (avec ḍamma) est aussi le nom verbal ; on dit : « jamma l’eau, yajummu jumūman » lorsque, dans un puits, elle redevient abondante après qu’on en a puisé.
[Sourate al-Fajr, 89 : 21]
« Kallā, lorsque la terre sera broyée, broyée ».
Parole du Très-Haut : « Kallā » – il ne convient pas que les choses se passent ainsi ; c’est une réprobation de leur engouement pour ce bas-monde et de l’accumulation des biens. Quiconque agit de la sorte le regrettera le Jour où la terre sera pulvérisée, mais le regret n’y sera d’aucune utilité.
Ad-dakk signifie briser, pulvériser – l’explication en a déjà été donnée² : la terre sera secouée, agitée encore et encore.
Az-Zajjāj dit : c’est-à-dire qu’elle sera ébranlée, si bien qu’une partie d’elle-même en écrasera une autre.
Al-Mubarrad dit : elle sera aplanie, toute élévation ayant disparu.
On dit d’une chamelle qu’elle est dakkaʾ quand elle est sans bosse ; le pluriel est duk. Cette question a déjà été exposée dans les sourates al-Aʿrāf et al-Ḥāqqah.
On dit encore : « dakka la chose », c’est-à-dire : il l’a démolie.
Ainsi s’exprime le poète :
« N’est-ce point une caverne ? Il l’a fait s’écrouler, elle s’est effondrée. »³
« Dakkan dakkan » signifie « à maintes reprises » : la terre est secouée, une partie se brise sur l’autre, et tout ce qui se trouve à sa surface se fracture.
Il a également été dit : ses montagnes et ses éminences seront écrasées jusqu’à devenir planes.
Ou encore : elle sera nivelée dans toute son étendue ; disparaîtront alors maisons, palais, montagnes et toutes constructions. De là provient le terme dukkhān, qui désigne une estrade ou un comptoir plat.
Ad-dakk consiste à abaisser les parties élevées du sol pour les aplanir ; c’est le sens des paroles d’Ibn Masʿūd et d’Ibn ʿAbbās : « La terre sera étirée comme on tend une peau tannée. »