Il menaça ainsi les tyrans ; qu’Allah le récompense pour cela ! Quel redoutable lion se dressait donc devant lui ? (1) Par sa dénonciation il broie les injustes, et par la force de son argumentation il réduit au silence les gens des passions et des innovations.
[Coran, sourate al-Fajr (89), versets 15-16]
« Quant à l’homme, lorsque son Seigneur l’éprouve en l’honorant et en le comblant de bienfaits, il dit : « Mon Seigneur m’a honoré. » (15)
Et lorsque (Son Seigneur) l’éprouve en restreignant sa subsistance, il dit : « Mon Seigneur m’a avili. » (16) »
Parole du Très-Haut :
« Quant à l’homme » – il s’agit ici du mécréant. Ibn ʿAbbâs a dit : on vise ʿUtbah b. Rabîʿah et Abû Huzayfah b. al-Mughîrah. D’autres ont dit : Umayyah b. Khalaf. D’autres encore : Ubayy b. Khalaf.
« lorsque son Seigneur l’éprouve » : c’est-à-dire qu’Il le met à l’épreuve en lui accordant un bienfait. La particule « fa-ammâ » n’est qu’un élément de liaison supplémentaire.
« et qu’Il l’honore » : par la richesse. « et qu’Il le comble » : en élargissant pour lui (les moyens de vivre). « il dit : “Mon Seigneur m’a honoré” » : il s’en réjouit sans Le louer.
« Mais lorsqu’Il l’éprouve » – c’est-à-dire qu’Il le met à l’épreuve par la pauvreté – « et qu’Il restreint » (fa-qadara) : c’est-à-dire qu’Il resserre « pour lui sa subsistance », la limitant au strict nécessaire, « il dit : “Mon Seigneur m’a avili” » : autrement dit, Il m’a infligé l’avilissement.
Tel est le portrait du mécréant qui ne croit pas à la Résurrection : à ses yeux, l’honneur ou l’avilissement se mesurent uniquement à l’abondance ou à la rareté de la part qui lui revient en ce bas-monde. Quant au croyant, l’honneur consiste pour lui en ce qu’Allah l’honore par l’obéissance et la réussite menant à la part de l’au-delà ; et si Allah élargit pour lui les bienfaits d’ici-bas, il Le loue et Le remercie.
Je dis : ces deux versets décrivent tout mécréant. Beaucoup de musulmans, toutefois, s’imaginent que ce qu’Allah leur a accordé est le signe de leur honneur et de leur mérite auprès d’Allah, et il arrive que, dans leur ignorance, ils affirment : « Si je ne le méritais pas, Allah ne me l’aurait pas donné. » De même, s’Il resserre leur subsistance, ils pensent que cela découle de leur insignifiance auprès d’Allah.
La lecture courante prononce « fa-qadara » avec un dâl léger ; Ibn ʿÂmir le lit avec assimilation (fa-qaddara) : les deux formes sont attestées, mais la préférence va à l’allègement, conformément à la parole divine : « … à qui Sa subsistance a été restreinte » (at-Talâq, 7).
Abû ʿAmr a dit : fa-qadara signifie « Il resserra » ; (qaddara), forme intensive, signifie qu’Il lui donne de quoi subsister, et, s’Il l’avait ainsi traité, il n’aurait pas dit : « Mon Seigneur m’a avili. »
Les gens des Deux Sanctuaires et Abû ʿAmr récitent « rabbiyā » (avec la voyelle d’ouverture sur le yâ’) dans les deux occurrences, tandis que les autres la rendent muette ; al-Bazzî, lui, l’a maintenue.