C’est donc comme s’Il avait prêté serment par la création elle-même. Or Allâh – exalté soit-Il – jure parfois par Ses Noms et Ses Attributs, ceux-ci renvoyant à Sa science ; Il jure par Ses actes pour manifester Sa toute-puissance, comme dans Sa parole : « Et par Celui qui a créé le mâle et la femelle » (1) [al-Layl, 3]. Il jure également par Ses créatures, afin de mettre en évidence les merveilles de Son œuvre, ainsi qu’Il l’a dit : « Par le soleil et son éclat, par le ciel et Celui qui l’a édifié » [ash-Shams, 1-5], et : « Par le ciel et l’Étoile nocturne » [at-Târiq, 1].
Il a été dit encore : le pair désigne les degrés du Paradis, qui sont huit, et l’impair les niveaux du Feu, qui sont sept ; tel est l’avis d’al-Ḥusayn b. al-Faḍl, comme si Allâh avait juré par le Paradis et par l’Enfer. D’autres ont affirmé que le pair correspond à Ṣafâ et Marwah, et que l’impair renvoie à la Kaʿbah.
Muqâtil b. Ḥayyân a déclaré : le pair ce sont les jours et les nuits, et l’impair le Jour auquel nulle nuit ne succédera, à savoir le Jour de la Résurrection. Sufyân b. ʿUyaynah a dit : l’impair est Allâh, et Il est aussi le pair, conformément à Sa parole : « Il n’est pas de conversation secrète entre trois sans qu’Il ne soit leur quatrième » (2) [al-Mujâdilah, 7].
Abû Bakr al-Warrâq a expliqué : le pair correspond à la dualité des attributs des créatures – noblesse et abaissement, puissance et incapacité, force et faiblesse, science et ignorance, vie et mort, vue et cécité, ouïe et surdité, parole et mutisme ; quant à l’impair, il renvoie à l’unicité des Attributs d’Allâh – Très-haut : noblesse sans abaissement, puissance sans incapacité, force sans faiblesse, science sans ignorance, vie sans mort, vue sans cécité, parole sans mutisme, ouïe sans surdité, et ainsi de suite.
Al-Ḥasan a dit : ce qui est visé par le pair et l’impair, c’est l’ensemble des nombres, car pas un nombre n’échappe à l’un ou à l’autre ; il s’agit donc d’un serment par le calcul. Il a encore été soutenu que le pair représente les deux mosquées de La Mecque et de Médine – les deux Sanctuaires –, tandis que l’impair désigne la mosquée de Bayt al-Maqdis. Selon une autre opinion, le pair est l’association du ḥajj et de la ʿumrah, ou le tamattuʿ consistant à accomplir la ʿumrah avant le ḥajj ; l’impair correspond à leur accomplissement séparé.
Il a également été avancé que le pair est l’animal, parce qu’il comporte mâle et femelle, et que l’impair est l’inanimé ; ou encore que le pair est ce qui croît, et l’impair ce qui ne croît pas. D’autres interprétations ont été rapportées.
Ibn Masʿûd, ses compagnons, al-Kisâʾî, Ḥamzah et Khalaf ont récité le mot al-witr avec kasrah (al-witr), tandis que les autres l’ont vocalisé avec fatḥah (al-watr) ; les deux formes relèvent de deux dialectes distincts mais ont le même sens. Le dictionnaire as-Ṣiḥâḥ précise que al-witr (kasrah) signifie « l’unique », alors que al-watr (fatḥah) désigne « la vendetta » (3). Telle est la langue des habitants d’al-ʿĀliyah ; quant à celle des gens du Ḥijâz, elle est l’inverse, tandis que la tribu de Tamîm emploie dans les deux cas la vocalisation avec kasrah.