Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Les Arabes disent, au sujet de celui qui est tombé dans une grande difficulté :
« Il est tombé dans les “filles de ṭabaq”, ou dans l’une des filles de ṭabaq ».
De là, on a appelé la calamité la plus redoutable « la mère de ṭabaq » ou « l’une des filles de ṭabaq ».
L’origine de cette expression remonte aux serpents : on surnomme en effet la vipère « la mère de ṭabaq » parce qu’elle s’enroule sur elle-même.
Dans la langue, le terme ṭabaq renvoie à l’“état, la condition”, comme nous l’avons indiqué.

Al-Aqraʿ ibn Ḥābis at-Tamīmī a dit :
Je suis un homme que le Temps a soumis à maint état, (A)
Et m’a conduit d’un état vers un autre état. (A)

Voilà la preuve la plus manifeste de la contingence du monde et de l’existence du Créateur.
Les sages ont dit : « Celui qui se trouve aujourd’hui dans un état, et demain dans un autre, qu’il sache que la gestion de son sort appartient à un Autre que lui. »

On demanda à Abū Bakr al-Warrāq : « Quel est donc l’argument établissant que ce monde possède un Artisan ? »
Il répondit : « Le changement des états, l’impuissance de la force, la faiblesse des membres, la contrainte qui frappe la volonté et la révocation des résolutions. »

On dit encore : « Il nous est arrivé un ṭabaq de gens, un ṭabaq de sauterelles », c’est-à-dire : un groupe.
Et al-ʿAbbās, louant le Prophète ﷺ, a dit :
Transféré de lombes en sein nouveau, (A)
Quand un monde s’efface, surgit un groupe nouveau. (A)

Autrement dit : une génération d’hommes ; ils constituent les “strates” de la terre, c’est-à-dire : ils en remplissent l’étendue.

Le mot ṭabaq désigne aussi un os mince qui sépare deux vertèbres.
On dit également : « Il s’est écoulé un ṭabaq de la nuit, un ṭabaq du jour », c’est-à-dire : la plus grande partie.
Ṭabaq est le singulier d’aṭbāq ; c’est donc un terme polysémique.

On récite (لَتَرْكَبِنَّ) avec kasra sur la lettre bāʾ – adressé à l’âme –, et (لِيَرْكَبَنَّ) avec yāʾ – « l’homme montera ».
Quant à l’expression « ʿan ṭabaqin », elle se trouve à l’accusatif, décrivant ṭabaqan : « un état dépassant un autre », ou bien elle tient lieu de ḥāl du pronom de « latarkabunna », selon les différentes lectures.

Parole du Très-Haut :
« Qu’ont-ils donc pour ne pas croire ? »
C’est-à-dire : qu’est-ce qui les empêche de croire alors que les signes leur sont devenus clairs et que les preuves sont établies ? Il s’agit d’un interrogatif à valeur réprobatrice.
D’autres ont dit : c’est un appel à l’étonnement : « Étonnez-vous d’eux ! Comment peuvent-ils délaisser la foi malgré ces signes ? »

Parole du Très-Haut :
« Et lorsque le Coran leur est récité, ils ne se prosternent pas » – c’est-à-dire : ils ne prient pas.

Dans le Ṣaḥīḥ, Abū Hurayra récita la sourate « Lorsque le ciel se fendra » et s’y prosterna ; lorsqu’il eut terminé, il informa les gens que le Messager d’Allah ﷺ s’était, lui aussi, prosterné lors de sa récitation.

Mālik a cependant déclaré : « Cette prosternation ne fait pas partie des prosternations obligatoires (ʿazāʾim as-sujūd), car [le sens…] »

وَالْعَرَبُ تَقُولُ لِمَنْ وَقَعَ فِي أَمْرٍ شَدِيدٍ: وَقَعَ فِي بَنَاتِ طَبَقٍ، وَإِحْدَى بَنَاتِ طَبَقٍ، وَمِنْهُ قِيلَ لِلدَّاهِيَةِ الشَّدِيدَةِ: أُمُّ طَبَقٍ، وَإِحْدَى بَنَاتِ طَبَقٍ: وَأَصْلُهَا مِنَ الْحَيَّاتِ، إِذْ يُقَالُ لِلْحَيَّةِ أُمُّ طَبَقٍ لِتَحْوِيَهَا: وَالطَّبَقُ فِي اللُّغَةِ: الْحَالُ كَمَا وَصَفْنَا، قَالَ الْأَقْرَعُ بْنُ حَابِسٍ التَّمِيمِيُّ: إِنِّي امْرُؤٌ قَدْ حَلَبْتُ الدَّهْرَ أَشْطُرَهُ ... وَسَاقَنِي طَبَقٌ مِنْهُ إِلَى طَبَقِ وَهَذَا أَدَلُّ دَلِيلٍ عَلَى حُدُوثِ الْعَالَمِ، وَإِثْبَاتِ الصَّانِعِ، قَالَتِ الْحُكَمَاءُ: مَنْ كَانَ الْيَوْمَ عَلَى حَالَةٍ، وَغَدًا عَلَى حَالَةٍ أُخْرَى فَلْيَعْلَمْ أَنَّ تَدْبِيرَهُ إِلَى سِوَاهُ: وَقِيلَ لِأَبِي بَكْرٍ الْوَرَّاقِ: مَا الدَّلِيلُ عَلَى أَنَّ لِهَذَا الْعَالَمِ صَانِعًا؟ فَقَالَ: تَحْوِيلُ الْحَالَاتِ، وَعَجْزُ الْقُوَّةِ، وَضَعْفُ الْأَرْكَانِ، وَقَهْرُ النِّيَّةِ: وَنَسْخُ الْعَزِيمَةِ: وَيُقَالُ: أَتَانَا طَبَقٌ مِنَ النَّاسِ وَطَبَقٌ مِنَ الْجَرَادِ: أَيْ جَمَاعَةٌ: وَقَوْلُ الْعَبَّاسِ فِي مَدْحِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: تُنْقَلُ مِنْ صَالِبٍ إِلَى رَحِمٍ ... إِذَا مَضَى عَالَمٌ بَدَا طَبَقُ أَيْ قَرْنٌ مِنَ النَّاسِ. يَكُونُ طِبَاقَ الْأَرْضِ أَيْ مِلْأَهَا. وَالطَّبَقُ أَيْضًا: عَظْمٌ رَقِيقٌ يَفْصِلُ بَيْنَ الْفَقَارَيْنِ. وَيُقَالُ: مَضَى طَبَقٌ مِنَ اللَّيْلِ، وَطَبَقٌ مِنَ النَّهَارِ: أَيْ مُعْظَمٌ مِنْهُ. وَالطَّبَقُ: وَاحِدُ الْأَطْبَاقِ، فَهُوَ مُشْتَرَكٌ. وقرى (لَتَرْكَبِنَّ) بِكَسْرِ الْبَاءِ، عَلَى خِطَابِ النَّفْسِ وَ " ليركبن" بالياء على ليركبن الإنسان. وعَنْ طَبَقٍ فِي مَحَلِّ نَصْبٍ عَلَى أَنَّهُ صِفَةٌ لِ طَبَقاً أَيْ طَبَقًا مُجَاوِزًا لِطَبَقٍ. أَوْ حَالٌ مِنَ الضَّمِيرِ فِي لَتَرْكَبُنَّ أَيْ لَتَرْكَبُنَّ طَبَقًا مُجَاوِزِينَ لِطَبَقٍ، أَوْ مُجَاوِزًا أَوْ مُجَاوَزَةً عَلَى حَسَبِ الْقِرَاءَةِ. قَوْلُهُ تَعَالَى: (فَما لَهُمْ لا يُؤْمِنُونَ) يعني أي شي يمنعهم من الايمان بعد ما وَضَحَتْ لَهُمُ الْآيَاتُ وَقَامَتِ الدَّلَالَاتُ. وَهَذَا اسْتِفْهَامُ إِنْكَارٍ. وَقِيلَ: تَعَجُّبٌ أَيِ اعْجَبُوا مِنْهُمْ فِي تَرْكِ الْإِيمَانِ مَعَ هَذِهِ الْآيَاتِ. قَوْلُهُ تَعَالَى: (وَإِذا قُرِئَ عَلَيْهِمُ الْقُرْآنُ لَا يَسْجُدُونَ) أَيْ لَا يُصَلُّونَ. وَفِي الصَّحِيحِ: أَنَّ أَبَا هُرَيْرَةَ قَرَأَ إِذَا السَّماءُ انْشَقَّتْ فَسَجَدَ فِيهَا، فَلَمَّا انْصَرَفَ أَخْبَرَهُمْ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ سَجَدَ فِيهَا. وَقَدْ قَالَ مَالِكٌ: إِنَّهَا لَيْسَتْ مِنْ عَزَائِمَ السُّجُودِ، لِأَنَّ [الْمَعْنَى «١» ]
(١). [المعنى]: ساقطة من ا، ح، و.

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