et le pesage doit, lui aussi, se faire avec équité, car les fraudeurs, le Jour de la Résurrection, seront maintenus debout à tel point que la sueur les bâillonnera jusqu’au milieu des oreilles.
Il a été rapporté qu’Abû Hurayra – qu’Allâh l’agrée – arriva à Médine alors que le Prophète – prières et salut d’Allâh sur lui – était parti pour Khaybar et avait désigné Sibâʿ b. ʿUrfaṭa comme gouverneur intérimaire de la cité. Abû Hurayra raconte : « Nous le trouvâmes engagé dans la prière de l’aube ; dans la première rakʿa il récita : “Kâf Hâ Yâ ʿAyn Ṣâd”, puis, dans la seconde, “Malheur aux fraudeurs”. Alors, au cours de ma prière, je me disais : “Malheur à Abû Untel ! Il possédait deux boisseaux : quand il recevait, il recevait empli à ras bord, et quand il servait, il servait au rabais.” »
[Sourate al-Muṭaffifîn (83), versets 4 à 6]
« Ne pensent-ils donc pas qu’ils seront ressuscités
pour un jour grandiose ?
Le jour où les hommes se tiendront devant le Seigneur des mondes ? »
C’est là une réprobation accompagnée d’un immense étonnement devant leur état : ils osent frauder comme s’ils n’en concevaient même pas l’idée et n’envisageaient nullement qu’ils seront ressuscités pour être interrogés sur leurs actes. Le terme « ẓann » (penser) signifie ici la certitude ; autrement dit : n’ont-ils donc pas la certitude ? S’ils l’avaient, jamais ils n’auraient diminué la mesure ni le poids.
On a dit également : le mot « ẓann » est à comprendre au sens d’hésitation ; c’est-à-dire : s’ils ne sont pas convaincus de la Résurrection, pourquoi au moins ne l’auraient-ils pas envisagée, afin de réfléchir, d’enquêter, puis de choisir la voie la plus prudente en prévision de ce « jour grandiose », à savoir le Jour de la Résurrection.
La parole du Très-Haut : « le jour où les hommes se tiendront devant le Seigneur des mondes » comporte quatre questions.
Premièrement : l’agent régissant le mot « yawm » est un verbe sous-entendu que révèle « mabʿûthûn » ; le sens est : « ils seront ressuscités le jour où les gens se tiendront devant le Seigneur des mondes ». Il se peut aussi qu’il s’agisse d’un badal (substitution) de « yawm » dans « li-yawmin ʿaẓîm », auquel cas « yawm » demeure indeclinable.
On a dit encore : il est au génitif parce qu’il est annexé à un mot indéclinable.
D’autres ont affirmé qu’il est mansûb à titre de complément circonstanciel, c’est-à-dire : « en un jour ».
On dit, par exemple : « Demeure jusqu’au jour où untel sortira », et l’on décline « yawm » au mansûb ; mais si l’on annexe à un nom, on le place alors au génitif et l’on dit : « Demeure jusqu’au jour de la sortie d’untel. »
D’aucuns ont enfin soutenu qu’il y a ici antéposition et post-position ; le sens implicite serait : « Ils seront ressuscités le jour où les gens se tiendront devant le Seigneur des mondes, pour un jour grandiose. »