Il voulait dire : « j’ai cueilli pour toi ».
Une autre explication consiste à admettre l’ellipse du nom annexé ; on maintient alors l’annexant à sa place. Le terme sous‐entendu est ici « la marchandise mesurée ou pesée ».
Ibn ʿAbbâs — qu’Allâh l’agrée — a dit : « Ô gens non arabes, deux charges vous ont été confiées ; c’est à cause d’elles que périrent ceux qui vous ont précédés : la mesure et la balance. » Il a spécifiquement visé les non‐Arabes parce qu’ils réunissaient à la fois le mesurage et le pesage, tandis que, dans les deux Sanctuaires, ces deux opérations étaient distinctes : les habitants de La Mecque pesaient, ceux de Médine mesuraient.
Suivant la seconde lecture, le pronom « hum » est sujet au nominatif ; autrement dit : « Et lorsqu’ils mesurent pour les gens ou pèsent pour eux, ce sont eux qui les lèsent. » Cette lecture n’est pourtant pas correcte, car la première proposition se trouverait sans prédicat ; elle n’aurait été recevable qu’avec une suite du type : « Et lorsqu’ils mesurent, eux diminuent » ou « lorsqu’ils pèsent, eux causent perte ».
Deuxième point. – Ibn ʿAbbâs rapporte que le Prophète — prières et salut d’Allâh sur lui — a dit :
« Cinq (péchés) appellent cinq (châtiments) : nul peuple ne rompt un pacte sans qu’Allâh ne donne pouvoir à son ennemi sur lui ; ils ne jugent jamais autrement que par ce qu’Allâh a révélé sans que la pauvreté ne se répande parmi eux ; la turpitude n’apparaît pas chez eux sans que la peste ne s’y propage ; ils ne trichent pas dans la mesure sans qu’on ne leur interdise la végétation et qu’ils ne soient éprouvés par les années de disette ; ils ne retiennent pas la zakât sans qu’Allâh ne leur retienne la pluie. »
Abû Bakr al-Bazzâr l’a rapporté pour le sens, ainsi que Mâlik b. Anas d’après Ibn ʿUmar ; nous l’avons cité dans le livre « at-Tadhkira ».
Mâlik b. Dînâr dit : « Je suis entré auprès d’un de mes voisins que la mort avait atteint ; il ne cessait de répéter : “Deux montagnes de feu ! Deux montagnes de feu !” Je lui dis : “Que dis-tu ? Divagues-tu ? (1)” Il répondit : “Ô Abû Yahyâ, j’avais deux mesures : avec l’une je servais les autres, et avec l’autre je recevais pour moi.” Je me levai alors, les heurtai l’une contre l’autre jusqu’à les briser. Il dit : “Ô Abû Yahyâ, chaque fois que je frappe l’une contre l’autre, elle grandit encore !” Puis il mourut de sa douleur. »
ʿIkrima dit : « Je témoigne que tout mesureur ou peseur est voué au Feu. » On lui répliqua : « Mais ton fils est mesureur ou peseur ! » Il répondit : « Je témoigne qu’il est voué au Feu. »
Al-Aṣmaʿî rapporte : « J’ai entendu une Bédouine dire : “Ne cherche pas la vraie vertu chez celui dont la virilité se trouve au sommet des boisseaux ni à la pointe des plateaux de balance.” » Le propos est aussi attribué à ʿAlî — qu’Allâh l’agrée.
ʿAbd Khayr relate : « ʿAlî — qu’Allâh l’agrée — passa devant un homme qui pesait du safran en dépassant la juste mesure ; il renversa la balance et dit : “Établis d’abord le poids avec équité, puis ajoute ensuite ce qu’il te plaira.” Il semblait vouloir qu’il s’habitue d’abord à l’équité, faisant ainsi la distinction entre l’obligatoire et le surérogatoire.
Nâfiʿ dit : “Ibn ʿUmar passait devant le vendeur et disait : ‘Crains Allâh et remplis la mesure.’”