Parole du Très-Haut :
« Et par l’aube lorsqu’elle respire. »
Autrement dit : lorsqu’elle se prolonge jusqu’à devenir un jour clairement établi. On dit du jour, lorsqu’il s’intensifie : « il a respiré ». Il en va de même de la vague lorsqu’elle projette l’eau. Le terme « respiration » signifie la sortie de la brise de l’intérieur. D’autres ont expliqué : « lorsqu’elle respire » veut dire : lorsqu’elle se fend et se déchire ; de là l’expression : « l’arc a respiré », c’est-à-dire : il s’est fissuré.
« En vérité, ceci est la parole d’un noble Messager. »
Tel est le complément du serment. Le « noble Messager » est Jibrîl, comme l’ont affirmé Al-Ḥasan, Qatâda et Ad-Ḍaḥḥâk. Autrement dit, il s’agit de la parole d’un envoyé de la part d’Allâh, honoré auprès d’Allâh. Le discours est d’abord attribué à Jibrîl — sur lui la paix —, puis détaché de lui par l’énoncé : « Une révélation émanant du Seigneur des mondes » (Al-Wâqiʿa, 80), afin que les gens de certitude sachent que la parole appartient à Allâh, Puissant et Majestueux.
D’aucuns ont toutefois soutenu qu’il s’agit de Muḥammad — qu’Allâh prie sur lui et le salue.
« Doué de force »
Pour celui qui tient qu’il s’agit de Jibrîl, sa force est manifeste ; Ad-Ḍaḥḥâk rapporte de Ibn ʿAbbâs qu’il arracha, de la pointe de ses ailes, les cités du peuple de Loth.
« Auprès du Possesseur du Trône », c’est-à-dire auprès d’Allâh — exalté soit Son éloge —,
« bien établi », c’est-à-dire jouissant d’un rang élevé. Abû Ṣâliḥ rapporte qu’il pénètre dans soixante-dix pavillons sans autorisation.
« Obéi là-haut », c’est-à-dire dans les cieux. Ibn ʿAbbâs dit : parmi l’obéissance que les anges montrent à Jibrîl, il y eut ceci : lorsque le Messager d’Allâh — paix et bénédictions sur lui — fut transporté de nuit, Jibrîl — sur lui la paix — dit à Riḍwân, le gardien des jardins : « Ouvre-lui. » Riḍwân ouvrit, le Prophète entra et contempla leur contenu. Puis il dit à Mâlik, gardien du Feu : « Ouvre-lui la Géhenne afin qu’il la regarde. » Mâlik lui obéit et la lui ouvrit.
« Digne de confiance » : c’est-à-dire dépositaire sûr de la Révélation qu’il apporte.
Quant à celui qui estime que le verset vise Muḥammad — que la prière et la paix soient sur lui —, le sens est alors : « doué de force pour transmettre le Message », et « obéi » : obéi par quiconque obéit à Allâh, exalté soit-Il.
« Et votre compagnon n’est nullement fou. »
C’est-à-dire : Muḥammad — qu’Allâh prie sur lui et le salue — n’est pas atteint de folie, de sorte qu’on puisse suspecter sa parole. Cette phrase relève aussi de la réponse au serment.
On rapporte encore que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — voulut voir Jibrîl dans la forme qu’il revêt auprès de son Seigneur — glorifié et exalté soit-Il. Jibrîl répondit : « Cela ne dépend pas de moi. » Allâh l’y autorisa et Jibrîl se montra, remplissant tout l’horizon. À sa vue, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — tomba évanoui. Les polythéistes s’écrièrent : « Il est fou ! » C’est alors que furent révélés les versets : « En vérité, ceci est la parole d’un noble Messager… et votre compagnon n’est nullement fou. » En réalité, il ne fit que voir Jibrîl dans sa forme véritable, en fut saisi d’effroi, et il lui survint ce que sa nature ne pouvait supporter, de sorte qu’il tomba inanimé.