Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Dans la sourate « an-Naḥl »(1), ce même sens est exposé de façon exhaustive dans la Parole du Très-Haut : « ou bien l’enfouit-il dans la poussière ? » (an-Naḥl, 59).

Parmi les Arabes d’antan, les hommes de rang refusaient un tel acte et en détournaient leur peuple, si bien qu’al-Farazdaq s’en glorifia, disant :

« Parmi nous fut l’homme qui retint les ensevelisseuses déchaînées ;
Il ranima l’enterrée : l’enterrée ne fut point enterrée. »(2)

Il visait par là son aïeul Ṣaʿṣaʿa, qui rachetait ces fillettes à leurs pères ; lorsque l’islam fut révélé, il avait déjà rendu la vie à soixante-dix fillettes promises à l’ensevelissement.

Ibn ʿAbbās a dit : « À l’époque de l’Ignorance, lorsqu’une femme était enceinte, elle creusait une fosse, puis, prise de ses douleurs, accouchait au-dessus. Si l’enfant était une fille, elle la jetait dans la fosse et la recouvrait de terre ; si c’était un garçon, elle le gardait. »

Le poète de rajaz a fait allusion à cela en disant :

« Je l’ai nommée, dès qu’elle naquit, “Qu’elle meure” ;
La tombe, comme alliée, garantit son sort austère. »

Az-zamَّītu désigne le grave, le digne ; az-zamītu, sur le même schème que “fissīq”, est encore plus grave que zamّītu. On dit : « Untel est azmat an-nās » – le plus posé des gens –, et « Que sa gravité est grande ! » (d’après al-Farrā’).

Qatādah a dit : « À l’époque de l’Ignorance, l’un d’eux tuait sa fille mais nourrissait son chien. Allah les a blâmés pour cela et les a menacés en ces termes : “Quand la fillette enterrée vivante sera interrogée…” »

ʿUmar – à propos de cette Parole du Très-Haut : « Quand la fillette enterrée vivante sera interrogée » – rapporta que Qays b. ʿĀṣim vint trouver le Prophète – glorifié soit Sa majesté – et dit : « Ô Messager d’Allah ! J’ai enseveli vivantes huit de mes filles durant l’époque de l’Ignorance. »

Le Prophète ﷺ répondit : « Affranchis, pour chacune d’elles, un esclave. » L’homme dit : « Je possède surtout des chameaux. » Le Prophète ﷺ reprit : « Alors, fais en offrande pour chacune d’elles un chameau destiné au sacrifice, si tu le souhaites. »

La Parole du Très-Haut : « … sera interrogée » – le questionnement de la fillette enterrée est un reproche adressé à son meurtrier, tout comme on dit à l’enfant battu : « Pourquoi t’a-t-on frappé ? Quelle est ta faute ? » Al-Ḥasan a déclaré : « Par ce verset, Allah veut blâmer son meurtrier, car elle a été tuée sans péché. » Ibn Aslam a dit : « Pour quel crime a-t-elle été frappée ? » – car on la frappait.

Certains savants ont expliqué la Parole du Très-Haut : « … sera interrogée » par « sera réclamée », de la même façon qu’on réclame le sang d’un assassiné. Ils ont ajouté : « C’est semblable à Sa Parole : “… et l’engagement d’Allah sera questionné” (al-Aḥzāb, 15), c’est-à-dire exigé. » C’est donc comme si elle était réclamée à ces gens, et l’on disait : « Où sont donc vos enfants ? »

Ad-Ḍaḥḥāk et Abū ad-Ḍaḥā’, d’après Jābir b. Zayd et Abū Ṣāliḥ, ont lu : « Quand la fillette enterrée vivante sera interrogée » – la fillette s’agrippera alors à son père et dira : « Pour quel péché… »

(1) Allusion au passage : « … ou bien l’enfouit-il dans la poussière ? »
(2) Traduction poétique libre, respectant la rime « -ée ».

فِي سُورَةِ " النَّحْلِ" «١» هَذَا الْمَعْنَى، عِنْدَ قَوْلِهِ تعالى: أَمْ يَدُسُّهُ فِي التُّرابِ [النحل: ٥٩] مُسْتَوْفًى. وَقَدْ كَانَ ذَوُو الشَّرَفِ مِنْهُمْ يَمْتَنِعُونَ مِنْ هَذَا وَيَمْنَعُونَ مِنْهُ، حَتَّى افْتَخَرَ بِهِ الْفَرَزْدَقُ، فَقَالَ: وَمِنَّا «٢» الَّذِي مَنَعَ الْوَائِدَاتِ ... فَأَحْيَا الْوَئِيدَ فَلَمْ يُوأَدِ يَعْنِي جَدَّهُ صَعْصَعَةَ كَانَ يَشْتَرِيهِنَّ مِنْ آبَائِهِنَّ. فَجَاءَ الْإِسْلَامُ وَقَدْ أَحْيَا سبعين موءودة. وَقَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ: كَانَتِ الْمَرْأَةُ فِي الْجَاهِلِيَّةِ إِذَا حَمَلَتْ حَفَرَتْ حُفْرَةً، وَتَمَخَّضَتْ عَلَى رَأْسِهَا، فَإِنْ وَلَدَتْ جَارِيَةً رَمَتْ بِهَا فِي الْحُفْرَةِ، وَرَدَّتِ التُّرَابَ عَلَيْهَا، وَإِنْ وَلَدَتْ غُلَامًا حَبَسَتْهُ، وَمِنْهُ قَوْلُ الرَّاجِزِ: سَمَّيْتُهَا إِذْ وُلِدَتْ تَمُوتُ ... وَالْقَبْرُ صِهْرٌ ضَامِنٌ زِمِّيتُ الزَّمِّيتُ الْوَقُورُ، وَالزَّمِيتُ مِثَالُ الْفِسِّيقِ أَوْقَرُ مِنَ الزِّمِّيتِ، وَفُلَانٌ أَزْمَتُ النَّاسِ أَيْ أَوْقَرُهُمْ، وَمَا أَشَدَّ تَزَمُّتَهُ، عَنِ الْفَرَّاءِ. وَقَالَ قَتَادَةُ: كَانَتِ الْجَاهِلِيَّةُ يَقْتُلُ أَحَدُهُمُ ابْنَتَهُ، وَيَغْذُو كَلْبَهُ، فَعَاتَبَهُمُ اللَّهُ عَلَى ذَلِكَ، وَتَوَعَّدَهُمْ بِقَوْلِهِ: وَإِذَا الْمَوْؤُدَةُ سُئِلَتْ قَالَ عُمَرُ فِي قَوْلِهِ تَعَالَى: وَإِذَا الْمَوْؤُدَةُ سُئِلَتْ قَالَ: جَاءَ قَيْسُ بْنُ عَاصِمٍ إِلَى النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ: يَا رَسُولَ اللَّهِ! إني وأدت ثمان بَنَاتٍ كُنَّ لِي فِي الْجَاهِلِيَّةِ، قَالَ: (فَأَعْتِقْ عَنْ كُلِّ وَاحِدَةٍ مِنْهُنَّ رَقَبَةً) قَالَ: يَا رَسُولَ اللَّهِ إِنِّي صَاحِبُ إِبِلٍ، قَالَ: (فَأَهْدِ عَنْ كُلِّ وَاحِدَةٍ مِنْهُنَّ بَدَنَةً إِنْ شِئْتَ) . وقوله تعالى: سُئِلَتْ سؤال الموءودة سُؤَالُ تَوْبِيخٍ لِقَاتِلِهَا، كَمَا يُقَالُ لِلطِّفْلِ إِذَا ضُرِبَ: لِمَ ضُرِبْتَ؟ وَمَا ذَنْبُكَ؟ قَالَ الْحَسَنُ: أَرَادَ اللَّهُ أَنْ يُوَبِّخَ قَاتِلَهَا، لِأَنَّهَا قُتِلَتْ بِغَيْرِ ذَنْبٍ. وَقَالَ ابْنُ أَسْلَمَ: بِأَيِّ ذَنْبٍ ضُرِبَتْ، وَكَانُوا يَضْرِبُونَهَا. وَذَكَرَ بَعْضُ أَهْلِ الْعِلْمِ فِي قَوْلِهِ تَعَالَى: سُئِلَتْ قَالَ: طُلِبَتْ، كَأَنَّهُ يُرِيدُ كَمَا يُطْلَبُ بِدَمِ الْقَتِيلِ. قَالَ: وَهُوَ كقوله: وَكانَ عَهْدُ اللَّهِ مَسْؤُلًا [الأحزاب: ١٥] أَيْ مَطْلُوبًا. فَكَأَنَّهَا طُلِبَتْ مِنْهُمْ، فَقِيلَ أَيْنَ أولادكم؟ وقرا الضحاك وأبو الضحا عَنْ جَابِرِ بْنِ زَيْدٍ وَأَبِي صَالِحٍ وَإِذَا الْمَوْؤُدَةُ سُئِلَتْ فَتَتَعَلَّقُ الْجَارِيَةُ بِأَبِيهَا، فَتَقُولُ: بِأَيِ ذنب
(١). راجع ج ١٠ ص (١١٧) (٢). ويروى: وجدي الذي منع الوائدات ... إلخ.

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