Parole du Très-Haut :
« Que Nous avons, certes, fait tomber l’eau en abondance. »
La lecture adoptée par la majorité des lecteurs récite « إِنَّا » (inna), avec kasra de l’hamza, en reprenant la phrase à neuf. Les lecteurs koufiens, ainsi que Ruways d’après Ya‘qoub, lisent quant à eux « أَنَّا » (annā) avec fatḥa ; dans ce cas, « annā » est au régime (majrūr) parce qu’il sert d’explicitation du mot « nourriture » : c’est un badal de celui-ci. C’est comme si le verset disait : « Que l’homme considère donc sa nourriture : à savoir que Nous avons déversé… » ; il est donc inapproprié, dans cette lecture, de s’arrêter sur « sa nourriture ». Il en va de même si l’on élève « annā » au nominatif en sous-entendant « huwa » : « (huwa) annā ṣababnā », car, même ainsi, le terme demeure un commentaire de « nourriture ».
On a encore dit : le sens serait : « Parce que Nous avons déversé l’eau et, par elle, fait sortir la nourriture », c’est-à-dire : tel est bien le cas.
Al-Ḥusayn ibn ‘Alî a lu « أَنَّى » (annā) avec imāla, au sens de « kayfa ? » (comment ?). Ceux qui retiennent cette lecture estiment que la pause sur « sa nourriture » est pleinement achevée.
On dit également que « أَنَّى » signifie « où », tout en renvoyant implicitement à la pluralité des procédés ; l’interprétation en serait : « De quelle manière avons-Nous versé l’eau ? » ; al-Kumayt a dit :
D’où donc ? de quel lieu naquit ton émoi fidèle,
D’un horizon sans passion ni soupçon infidèle.
« Nous avons déversé l’eau en abondance » : il s’agit de la pluie, des ondées.
« Puis Nous avons fendu la terre d’une fente » : par l’apparition de la végétation.
« Et Nous y avons fait pousser grains » : c’est-à-dire le blé, l’orge, le sult (une variété d’orge décortiquée) et tout ce qui se moissonne et se conserve.
« Et des vignes et du qaḍb » : le qaḍb est le qatt, le fourrage vert. Al-Ḥasan a dit : on l’a nommé ainsi parce qu’on le coupe (yuqḍab) après qu’il a poussé, puis il repousse encore et encore. Al-Qutaybî et Thaʿlab ajoutent : les habitants de La Mecque appellent le qatt « qaḍb ».
Ibn ‘Abbās a dit : il s’agit des dattes fraîches (ruṭab), parce qu’on les prélève du palmier et parce que les raisins ont été mentionnés juste avant. D’après lui encore, c’est l’alfalfa (al-fisfisah), autrement dit le qatt frais. Al-Khalîl a déclaré : « al-qaḍb » désigne l’alfalfa encore vert.
On a dit aussi : on l’appelle ainsi lorsqu’il est vert ; quand il sèche, c’est le qatt. Il a encore été affirmé que « qaḍb » est un nom générique pour tout ce que l’on coupe des branches des arbres afin d’en faire des flèches ou des arcs. Par extension, « qaḍban » englobe tout ce qui se coupe – qatt, poireaux et autres légumes – puis dont la souche repousse.
Dans le Ṣiḥāḥ, il est dit : « al-qaḍbah » et « al-qaḍb » sont la verdure tendre ; on l’appelle « isfis » en persan, et l’endroit où cela pousse est une « maqḍabah ».
« Et des oliviers » : c’est l’arbre de l’olive ; « et des palmiers », c’est-à-dire les palmiers-dattiers ; « et des vergers », c’est-à-dire