Parole du Très-Haut : « Ils n’y goûteront – c’est-à-dire durant ces aḥqāb – ni fraîcheur ni boisson. »
La « fraîcheur » (al-bard), d’après Abū ʿUbaydah et d’autres, désigne le sommeil. Le poète a dit :
« Si je l’avais voulu, j’aurais interdit toute femme en dehors de vous,
Et, si je l’avais voulu, je n’aurais goûté ni légère collation ni fraîcheur. »
C’est aussi l’avis de Mujāhid, al-Suddi, al-Kisāʾī, al-Faḍl ibn Khālid et Abū Muʿādh le grammairien, qui citent ces vers du Kindī :
« Ses lèvres s’étaient rafraîchies sur moi, si bien que le sommeil
Me détourna d’elle et du baiser que je voulais lui donner. »
Il entend par là : le sommeil.
Les Arabes disent : « manaʿa l-bardu l-barda », c’est-à-dire : « la fraîcheur a chassé le sommeil. »
Je dis : un ḥadith rapporte qu’on demanda à l’Envoyé d’Allah – prières et salut sur lui – : « Y a-t-il dans le Paradis du sommeil ? » Il répondit :
« Non. Le sommeil est le frère de la mort, et il n’y a pas de mort au Paradis. »
Il en est de même pour le Feu ; le Très-Haut a dit : « Il ne leur sera pas décrété d’y mourir » (Fāṭir, 36).
Ibn ʿAbbās a déclaré : al-bard renvoie à la fraîcheur de la boisson. – D’après lui encore, al-bard signifie le sommeil, tandis que « boisson » renvoie à l’eau.
Al-Zajjāj explique : « Ils n’y goûteront aucune fraîcheur de vent, ni ombre, ni sommeil. » Il considère al-bard comme toute fraîcheur qui apporte un soulagement bénéfique. Quant au zamharīr, c’est un froid dont ils souffriront ; il ne leur sera d’aucune utilité, et il leur procurera un châtiment qu’Allah seul connaît.
Al-Ḥasan, ʿAṭāʾ et Ibn Zayd disent : al-bard signifie repos et soulagement. Le poète a dit :
« Ni l’ombre, sous la fraîcheur du matin, ne t’est supportable,
Ni la brise, aux heures du couchant, ne peux-tu goûter. »
La phrase « Ils n’y goûteront ni fraîcheur ni boisson » fait fonction soit de circonstanciel pour « les tyrans », soit d’épithète pour « les aḥqāb ». Les aḥqāb constituent un complément de temps, régi par l’expression « demeurant » (lābithīn).
« Sauf une eau bouillante (ḥamīm) et un liquide purulent (ghassāq) » : il s’agit d’une exception disjointe pour ceux qui prennent al-bard pour le sommeil ; pour ceux qui y voient la fraîcheur, c’est un substitut.
Al-ḥamīm : l’eau brûlante, selon Abū ʿUbaydah.
Ibn Zayd dit : le ḥamīm correspond aux larmes de leurs yeux, recueillies dans des bassins puis données à boire.
Al-Naḥḥās précise : le terme ḥamīm a pour sens originel « eau brûlante » ; de là proviennent ḥammām (« bains »), ḥummā (« fièvre »), ainsi que l’expression « un ombrage de fumée noire ».