Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Parole du Très-Haut :

« En vérité, la Géhenne est un mirsâd (un poste de guet). »

Le terme mirsâd est bâti sur le schème mif‘âl, dérivé du verbe raṣada ; or raṣd désigne toute chose se trouvant devant toi.

Al-Ḥasan a dit : « Il y a à l’entrée du Feu un poste de garde ; nul n’entrera au Paradis avant de l’avoir franchi. Celui qui se présentera muni d’un laisser-passer passera, tandis que celui qui n’en aura pas sera retenu. »

Sufyân – qu’Allah l’agrée – a rapporté : « Elle comporte trois passerelles. »

D’aucuns ont dit : « mirsâdan » signifie « dotée de postes de guet », c’est-à-dire qu’elle guette quiconque la traverse.

Muqâtil a dit : « C’est un lieu de détention. »

On a également dit : « C’est un chemin, un passage ; il n’est donc point d’accès au Paradis sans traverser la Géhenne. »

Le Ṣiḥâḥ précise : le mirsâd est « la route ».

Al-Qushayrî mentionne que le mirsâd est l’endroit où l’on épie l’ennemi, de même que le miḍmâr est le lieu où l’on entraîne les chevaux, c’est-à-dire un lieu préparé pour eux. Dès lors, mirsâd a le sens de « lieu » ; les anges épient les mécréants jusqu’à ce qu’ils les fassent descendre en Géhenne. Al-Mâwardî rapporte d’Abû Sinân (1) qu’il signifie « guetteuse », c’est-à-dire qu’elle les rétribue selon leurs actes.

Toujours dans le Ṣiḥâḥ :
« ar-râṣid » d’une chose est celui qui la surveille. On dit : raṣadahu / yarṣuduhu / raṣdan et raṣadan ; at-tarraṣṣud : la surveillance ; al-marṣad : le lieu de guet.

Al-Aṣmaʿî : « raṣadtuhu, arṣuduhu » : je l’ai guetté ; « arṣadtuhu » : je me suis préparé pour lui. Al-Kisâ’î : même sens.

Je dis : la Géhenne est donc prête, en embuscade, forme mutafa‘‘il de raṣad (surveiller) ; elle est aux aguets de quiconque s’y présentera. Mirsâd, sur le schème mif‘âl, appartient aux formes intensives telles que miʿṭâr et mighyâr : c’est comme si l’attente des mécréants y était incessante.

« Pour les transgresseurs, [elle est] un lieu de retour. »
C’est un substitut (badal) du mot « mirsâdan ». Al-maʾâb signifie « le lieu où l’on revient », c’est-à-dire un retour auquel ils seront ramenés. On dit : âba / yaʾûbu / awbatan lorsqu’il est revenu. Qatâda a dit : « Un gîte, une demeure. »

Par « transgresseurs » on vise ceux qui ont dépassé les limites, soit dans leur religion par la mécréance, soit dans leur vie d’ici-bas par l’injustice.

Parole du Très-Haut :

« Ils y demeureront des ḥiqb (des ères). »

C’est-à-dire qu’ils séjourneront dans le Feu tant que dureront les ères, lesquelles ne s’interrompent jamais : chaque fois qu’une ḥuqb s’achève, une autre commence.

al-ḥuqb (avec deux ḍamma) désigne le très long âge ; al-aḥqâb : les longs siècles.

al-ḥiqba (avec kasra) signifie l’année, pluriel ḥiqab.

Le poète Mutammim b. Nuwayra al-Tamîmî a dit :
« Nous étions, tel le duo de boisson de Jadhîma, une ḥiqba… de l’âge, jusqu’à ce que l’on dît qu’ils ne se sépareront jamais ;
Puis, quand nous nous sommes quittés, c’est comme si, lui et moi,
Après si longue compagnie, nous n’avions jamais passé une nuit ensemble. »

قَوْلُهُ تَعَالَى: (إِنَّ جَهَنَّمَ كانَتْ مِرْصاداً) : مِفْعَالٌ من الرصد والرصد: كل شي كَانَ أَمَامَكَ. قَالَ الْحَسَنُ: إِنَّ عَلَى النَّارِ رَصَدًا، لَا يَدْخُلُ أَحَدٌ الْجَنَّةَ حَتَّى يَجْتَازَ عَلَيْهِ، فَمَنْ جَاءَ بِجَوَازٍ جَازَ، وَمَنْ لَمْ يَجِئْ بِجَوَازٍ حُبِسَ. وَعَنْ سُفْيَانَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ قَالَ: عَلَيْهَا ثَلَاثُ قَنَاطِرَ. وَقِيلَ مِرْصاداً ذَاتَ أَرْصَادٍ عَلَى النَّسَبِ، أَيْ تَرْصُدُ مَنْ يَمُرُّ بِهَا. وَقَالَ مُقَاتِلٌ: مَحْبِسًا. وَقِيلَ: طَرِيقًا وَمَمَرًّا، فَلَا سَبِيلَ إِلَى الْجَنَّةِ حَتَّى يَقْطَعَ جَهَنَّمَ. وَفِي الصِّحَاحِ: وَالْمِرْصَادُ: الطَّرِيقُ. وَذَكَرَ الْقُشَيْرِيُّ: أَنَّ الْمِرْصَادَ الْمَكَانُ الَّذِي يَرْصُدُ فِيهِ الْوَاحِدُ الْعَدُوَّ، نَحْوَ الْمِضْمَارِ: الْمَوْضِعُ الَّذِي تُضْمَرُ فِيهِ الْخَيْلُ. أَيْ هِيَ مُعَدَّةٌ لَهُمْ، فَالْمِرْصَادُ بِمَعْنَى الْمَحَلِّ، فَالْمَلَائِكَةُ يَرْصُدُونَ الْكُفَّارَ حَتَّى يَنْزِلُوا بِجَهَنَّمَ. وَذَكَرَ الْمَاوَرْدِيُّ عَنْ أَبِي سِنَانٍ «١» أَنَّهَا بِمَعْنَى رَاصِدَةً، تُجَازِيهِمْ بِأَفْعَالِهِمْ. وَفِي الصِّحَاحِ: الرَّاصِدُ الشَّيْءَ: الرَّاقِبُ لَهُ، تَقُولُ: رَصَدَهُ يَرْصُدُهُ رَصْدًا وَرَصَدًا، وَالتَّرَصُّدُ: التَّرَقُّبُ. وَالْمَرْصَدُ: مَوْضِعُ الرَّصَدِ. الْأَصْمَعِيُّ: رَصَدْتُهُ أَرْصُدُهُ: تَرَقَّبْتُهُ، وَأَرْصَدْتُهُ: أَعْدَدْتُ لَهُ. وَالْكِسَائِيُّ: مِثْلُهُ. قُلْتُ: فَجَهَنَّمُ مُعَدَّةٌ مُتَرَصِّدَةٌ، مُتَفَعِّلٌ مِنَ الرَّصَدِ وَهُوَ التَّرَقُّبُ، أَيْ هِيَ مُتَطَلِّعَةٌ لِمَنْ يَأْتِي. وَالْمِرْصَادُ مِفْعَالٌ مِنْ أَبْنِيَةِ الْمُبَالَغَةِ كَالْمِعْطَارِ وَالْمِغْيَارِ، فَكَأَنَّهُ يَكْثُرُ مِنْ جَهَنَّمَ انْتِظَارُ الْكُفَّارِ. (لِلطَّاغِينَ مَآباً) بَدَلٌ مِنْ قَوْلِهِ: مِرْصاداً وَالْمَآبُ: الْمَرْجِعُ، أَيْ مَرْجِعًا يَرْجِعُونَ إِلَيْهَا، يُقَالُ: آبَ يَئُوبُ أَوْبَةً: إِذَا رَجَعَ. وَقَالَ قَتَادَةُ: مَأْوًى وَمَنْزِلًا. وَالْمُرَادُ بِالطَّاغِينَ مَنْ طَغَى فِي دِينِهِ بِالْكُفْرِ، أو في دنياه بالظلم. قوله تعالى: (لابِثِينَ فِيها أَحْقاباً) أَيْ مَاكِثِينَ فِي النَّارِ مَا دَامَتِ الْأَحْقَابُ، وَهِيَ لَا تَنْقَطِعُ، فَكُلَّمَا مَضَى حُقُبٌ جَاءَ حُقُبٌ. وَالْحُقُبُ بِضَمَّتَيْنِ: الدَّهْرُ وَالْأَحْقَابُ الدُّهُورُ. وَالْحِقْبَةُ بِالْكَسْرِ: السَّنَةُ، وَالْجَمْعُ حِقَبٌ، قَالَ مُتَمِّمُ بْنُ نُوَيْرَةَ التَّمِيمِيُّ: وَكُنَّا كَنَدْمَانَيْ جَذِيمَةَ حِقْبَةً ... مِنَ الدَّهْرِ حَتَّى قِيلَ لَنْ يَتَصَدَّعَا فَلَمَّا تَفَرَّقْنَا كَأَنِّي وَمَالِكًا ... لِطُولِ اجْتِمَاعٍ لم نبت ليلة معا
(١). ا، ح، ل، و: (أبى سفيان).

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