Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Ils se tiennent dans le surâdiq de la miséricorde, qui les enveloppe sur l’esplanade du Rassemblement – cette nuée au sein de laquelle le Seigneur, béni et exalté soit-Il, Se manifestera. Ils assistent toutefois à ces jets d’étincelles ; dès qu’ils les voient, Allah retire à ce feu, sous leurs yeux, toute puissance et toute colère, si bien qu’ils le perçoivent jaunâtre. Ainsi les monothéistes savent-ils qu’ils se trouvent dans la miséricorde d’Allah, et non sous Sa domination ni Sa fureur.

Ibn ʿAbbâs disait : « Les “jimâlât ṣufr” désignent les cordages des navires ; on en réunit plusieurs jusqu’à ce qu’ils épaississent comme le torse d’un homme. » Ce propos est rapporté par al-Bukhârî. Il lisait le terme « jumâlât » avec la lettre jîm vocalisée d’une ḍamma ; Mujâhid et Humayd adoptaient la même lecture. Selon cette interprétation, il s’agit de cordages épais, les « qulūs » du navire, c’est-à-dire ses amarres, le singulier étant qals.

D’après une autre transmission d’Ibn ʿAbbâs, il s’agirait de morceaux de cuivre. Le mot couramment employé pour un gros cordage est « jummal », avec redoublement de la mîm, comme il a déjà été mentionné dans la sourate al-Aʿrâf (1).

« Jumâlât » (jîm ḍamma) peut encore être le pluriel de « jumâla » (jîm kasra), à l’image de hajar/hijâra ou dhakar/dhikâra. Yaʿqûb, Ibn Abî Isḥâq, ʿÎsâ et al-Jaḥdarî ont lu « jimâlatun » (singulier), terme désignant un objet énorme dont les parties sont compactées les unes aux autres. Ḥafṣ, Ḥamza et al-Kisâ’î ont également lu « jimâlatun », tandis que les quatre autres lecteurs parmi les Sept ont lu « jimâlâtun ».

Al-Farrâ’ affirme qu’« al-jimâlât » peut être le pluriel de « jumâl », comme rajul/rijâl/rijâlât.

On a dit encore : on les a comparés aux chameaux en raison de la rapidité de leur course ; ou bien à cause du fait qu’ils se suivent les uns les autres.

Al-qaṣr est le singulier de quṣūr (palais). L’expression « qaṣru ẓ-ẓalâm » désigne l’entremêlement de l’obscurité ; on dit aussi : « Je suis venu à lui qaṣran », c’est-à-dire au crépuscule ; le terme est donc polysémique. Le poète a dit (2) :

Tels un palais surgissant, lampes d’un moine ardant,
Qu’à Mauzan il nourrit d’huile, brasier éclatant ;
Leurs mèches, d’huile épaisse, il laisse imbibées,
Et leurs flammes, par l’huile, demeurent embrasées.

Question juridique : Cette âyah prouve la licéité de thésauriser le bois de chauffage et le charbon, bien qu’ils ne constituent pas une subsistance alimentaire ; ils relèvent en effet de l’intérêt personnel et peuvent être matière à fierté. La raison commande donc d’en faire provision hors du temps de besoin, afin qu’ils soient meilleur marché et plus faciles à obtenir, tout comme le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – stockait les vivres quand ils abondaient, grâce à son propre gain et à ses biens ; toute pratique se mesure à la sienne.

Ibn ʿAbbâs l’a expliqué en ces termes : « Nous avions coutume de prendre une pièce de bois, de la couper sur trois coudées – un peu plus ou un peu moins –, puis de la mettre de côté pour l’hiver ; nous l’appelions al-qaṣr. » Telle est l’explication la plus solide, et Allah sait mieux.

فِي سُرَادِقِ الرَّحْمَةِ قَدْ أَحَاطَ بِهِمْ فِي الْمَوْقِفِ، وَهُوَ الْغَمَامُ الَّذِي يَأْتِي فِيهِ الرَّبُّ تَبَارَكَ وَتَعَالَى، وَلَكِنْ يُعَايِنُونَ ذَلِكَ الرَّمْيَ، فَإِذَا عَايَنُوهُ نَزَعَ اللَّهُ ذَلِكَ السُّلْطَانَ وَالْغَضَبَ عَنْهُ فِي رَأْيِ الْعَيْنِ مِنْهُمْ حَتَّى يَرَوْهَا صَفْرَاءَ، لِيَعْلَمَ الْمُوَحِّدُونَ أَنَّهُمْ فِي رَحْمَةِ اللَّهِ لَا فِي سُلْطَانِهِ وَغَضَبِهِ. وَكَانَ ابْنُ عَبَّاسٍ يَقُولُ: الْجِمَالَاتُ الصُّفْرُ: حِبَالُ السُّفُنِ يُجْمَعُ بَعْضُهَا إِلَى بَعْضٍ حَتَّى تَكُونَ كَأَوْسَاطِ الرِّجَالِ. ذَكَرَهُ الْبُخَارِيُّ. وَكَانَ يَقْرَؤُهَا " جُمَالَاتٌ" بِضَمِّ الْجِيمِ، وَكَذَلِكَ قَرَأَ مُجَاهِدٌ وَحُمَيْدٌ " جُمَالَاتٌ" بِضَمِّ الْجِيمِ، وَهِيَ الْحِبَالُ الْغِلَاظُ، وَهِيَ قُلُوسُ السَّفِينَةِ أَيْ حِبَالُهَا. وَوَاحِدُ الْقُلُوسِ: قَلْسٌ. وَعَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ أَيْضًا عَلَى أَنَّهَا قِطَعُ النُّحَاسِ. وَالْمَعْرُوفُ فِي الْحَبْلِ الْغَلِيظِ جُمَّلٌ بِتَشْدِيدِ الْمِيمِ كَمَا تَقَدَّمَ فِي " الْأَعْرَافِ" «١» " وجمالات" بِضَمِّ الْجِيمِ: جَمْعُ جِمَالَةٍ بِكَسْرِ الْجِيمِ مُوَحَّدًا، كَأَنَّهُ جَمْعُ جَمَلٍ، نَحْوَ حَجَرٍ وَحِجَارَةٍ، وَذَكَرٍ وَذِكَارَةٍ. وَقَرَأَ يَعْقُوبُ وَابْنُ أَبِي إِسْحَاقَ وَعِيسَى والجحدري جِمالَتٌ بِضَمِّ الْجِيمِ مُوَحَّدًا وَهِيَ الشَّيْءُ الْعَظِيمُ الْمَجْمُوعُ بَعْضُهُ إِلَى بَعْضٍ. وَقَرَأَ حَفْصٌ وَحَمْزَةُ وَالْكِسَائِيُّ جِمالَتٌ وَبَقِيَّةُ السَّبْعَةِ " جِمَالَاتٌ" قَالَ الْفَرَّاءُ: يَجُوزُ أَنْ تَكُونَ الْجِمَالَاتُ جَمْعَ جِمَالٍ كَمَا يُقَالُ: رَجُلُ وَرِجَالٌ وَرِجَالَاتٌ. وَقِيلَ: شَبَّهَهَا بِالْجِمَالَاتِ لِسُرْعَةِ سَيْرِهَا. وَقِيلَ: لِمُتَابَعَةِ بَعْضِهَا بَعْضًا. وَالْقَصْرُ: وَاحِدُ الْقُصُورِ. وَقَصْرُ الظَّلَامِ: اخْتِلَاطُهُ وَيُقَالُ: أَتَيْتُهُ قَصْرًا أَيْ عشيا، فهو مشترك، قال: «٢» كَأَنَّهُمْ قَصْرًا مَصَابِيحُ رَاهِبٍ ... بِمَوْزَنَ رَوَّى بِالسَّلِيطِ ذُبَالَهَا مَسْأَلَةٌ: فِي هَذِهِ الْآيَةِ دَلِيلٌ عَلَى جَوَازِ ادِّخَارِ الْحَطَبِ وَالْفَحْمِ وَإِنْ لَمْ يَكُنْ مِنَ الْقُوتِ، فَإِنَّهُ مِنْ مَصَالِحِ الْمَرْءِ وَمَغَانِي مَفَاقِرِهِ. وَذَلِكَ مِمَّا يَقْتَضِي النَّظَرَ أَنْ يَكْتَسِبَهُ فِي غَيْرِ وَقْتِ حَاجَتِهِ، لِيَكُونَ أَرْخَصَ وَحَالَةُ وُجُودِهِ أَمْكَنَ، كَمَا كَانَ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يَدَّخِرُ الْقُوتَ فِي وَقْتِ عُمُومِ وجوده من كسبه وماله، وكل شي مَحْمُولٌ عَلَيْهِ. وَقَدْ بَيَّنَ ابْنُ عَبَّاسٍ هَذَا بِقَوْلِهِ: كُنَّا نَعْمِدُ إِلَى الْخَشَبَةِ فَنَقْطَعُهَا ثَلَاثَةَ أَذْرُعٍ وَفَوْقَ ذَلِكَ وَدُونَهُ وَنَدَّخِرُهُ لِلشِّتَاءِ وَكُنَّا نُسَمِّيهِ الْقَصْرَ. وَهَذَا أَصَحُّ مَا قِيلَ فِي ذلك والله أعلم.
(١). راجع ج ٧ ص (٢٠٧) (٢). قائله كثير عزة. وموزن كمقعد: بلد بالجزيرة.

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