Il se présenta donc devant le Messager d’Allah – qu’Allah le bénisse et le salue –, tandis qu’ils grelottaient tels de frêles oisillons tant la faim les tenaillait. Lorsque le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – les vit, il s’exclama :
« Ô Abû al-Ḥasan, combien il m’afflige de vous voir dans cet état ! Emmène-nous donc chez ma fille Fâṭimah. »
Ils se rendirent chez elle ; elle se tenait dans son miḥrâb, le ventre collé au dos, les yeux caves tant la faim était intense. Quand le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – la vit et discerna la disette sur son visage, il pleura en disant :
« Ô Secours ! Ô Allah ! Les Gens de la Maison de Muḥammad meurent de faim ! »
Alors Jibrîl – sur lui la paix – descendit et dit :
« Paix sur toi ; ton Seigneur te transmet Sa paix, ô Muḥammad. Reçois donc cette bonne nouvelle pour ta famille. »
Il répondit :
« Et que dois-je recevoir, ô Jibrîl ? »
Jibrîl lui récita : « S’est-il écoulé pour l’homme un laps de temps… » jusqu’à cette parole : « … et ils donnent, par amour pour Lui, leur nourriture au pauvre, à l’orphelin et au captif ; “Nous ne vous nourrissons que pour la Face d’Allah ; nous ne désirons de vous ni récompense ni gratitude.” »
Al-Tirmidhî al-Ḥakîm Abû ʿAbdillâh dit, dans Nawâdir al-Uṣûl :
« Ce hadith est enjolivé, contrefait ; son auteur est allé jusqu’à l’extrême, au point de troubler l’auditoire. L’ignorant, en l’entendant, se mord les lèvres de regret de ne pas posséder un tel état, sans savoir que l’auteur d’un tel acte est blâmable. »
Allah – Très-Haut – dit dans Sa Révélation :
« Ils t’interrogent : “Que devons-nous dépenser ?” Dis : “Le surplus.” » (Al-Baqarah, 2 : 219)
C’est-à-dire l’excédent qui reste après avoir pourvu à toi-même et à ta famille. Les récits rapportés du Messager d’Allah – qu’Allah le bénisse et le salue – sont mutawâtir :
« La meilleure des aumônes est celle qui est faite sur le surplus de richesse. »
Ainsi que : « Commence par toi-même, puis par ceux dont tu as la charge. » Allah a rendu obligatoire aux époux la subsistance de leurs épouses et de leurs enfants.
Le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – a dit :
« Il suffit comme péché à l’homme de négliger ceux qu’il nourrit. »
Un homme raisonnable pourrait-il supposer qu’ʿAlî ignorait cette règle au point de contraindre de jeunes enfants de cinq ou six ans à endurer la faim trois jours et leurs nuits, jusqu’à ce que la privation les fasse se tordre, que leurs yeux s’enfoncent dans leurs orbites vides, au point de faire pleurer le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – devant tant de détresse ? Accorde-lui qu’il ait, pour sa personne, préféré ce demandeur ; lui était-il permis d’imposer cela à sa famille ? Supposons encore que sa famille eût consenti par déférence envers ʿAlî ; lui était-il licite de faire subir à ses enfants une faim de trois jours et trois nuits ? Pareilles histoires ne se vendent qu’aux sots ignares ; Allah a refusé aux cœurs vigilants de prêter à ʿAlî pareille conduite. Et je me demande : qui donc aurait retenu, chaque nuit, ces vers d’ʿAlî et de Fâṭimah, ainsi que la réponse de chacun à l’autre, pour en faire part à ces rapporteurs ? Voilà, à mon avis, un exemple d’histoires de « gens des cachots ». Il m’est même parvenu que des gens