Muqātil a dit : « Il ne s’agit pas du camphre de ce bas-monde ; mais Allah a nommé ce qu’Il possède par ce que vous connaissez, afin que les cœurs puissent s’y orienter. »
Quant à Sa parole : « كَانَ مِزَاجُهَا », le verbe « kāna » y est surérogatoire ; c’est-à-dire : « d’une coupe dont le mélange est camphre. »
« عَيْنًا يَشْرَبُ بِهَا عِبَادُ اللَّهِ »
Al-Farrāʾ dit : « Al-Kāfūr est le nom d’une source d’eau au Paradis ; dès lors, “ʿaynan” est un badal de “kāfūr”. »
Il a aussi été dit : c’est un badal de « kās » (la coupe) selon sa place syntaxique.
D’autres ont affirmé : c’est un ḥāl se rattachant au pronom implicite de « mizāju-hā ».
D’aucuns ont encore soutenu : c’est un accusatif employé par manière d’éloge, comme lorsqu’on mentionne un homme et que l’on dit : « al-ʿāqila l-labība », voulant dire : « Vous avez mentionné l’homme intelligent et sagace » – l’accusatif s’expliquant alors par la suppression du verbe « aʿnī : je veux dire ».
Il fut également dit : « Ils boivent une source. »
Al-Zajjāj a, pour sa part, considéré que le sens est : « [d’une] source. »
On prononce aussi bien kāfūr que qāfūr.
Kāfūr désigne encore l’enveloppe de la spathe du palmier, de même que le terme kufurrā, ainsi que l’a rapporté al-Aṣmaʿī.
Quant au vers du poète al-Rāʿī :
« Elle parfume crêtes et gorges d’un suave arôme,
De roseaux joints de camphre, essence qui embaume. »
le faon d’où provient le musc ne broute en réalité que les épis des plantes odoriférantes ; le poète l’a donc qualifié de « camphre ».
À propos de l’expression « يَشْرَبُ بِهَا », al-Farrāʾ a dit : « يَشْرَبُ بِهَا et يَشْرَبُهَا ont le même sens ; comme si يَشْرَبُ بِهَا signifiait “il s’en désaltère et s’en trouve rafraîchi”. » Il cita à l’appui :
« Elles burent l’eau de la mer, puis s’élevèrent au-dessus,
Quand mugirent de vertes houles, profondes et vastes. »
Il ajouta : « De même, on dit : “Untel parle avec de belles paroles” et “il prononce de belles paroles”. »
On a encore avancé que le sens est : « il la boit », la préposition « bāʾ » étant alors surérogatoire.
D’autres ont estimé que le « bāʾ » tient lieu de « min », comme si l’on disait : « il en boit » – c’est l’avis d’al-Qutaybī.
« يُفَجِّرُونَهَا تَفْجِيرًا » : On rapporte qu’un homme parmi eux se promène dans ses habitations et monte jusqu’à ses palais ; il tient à la main une baguette avec laquelle il indique l’eau ; celle-ci coule alors avec lui partout où il tourne dans ses demeures, au niveau du sol, sans canal creusé, et elle le suit lorsqu’il gravit les plus hauts niveaux de ses palais.
Tel est le sens de la parole du Très-Haut : « une source dont boivent les serviteurs d’Allah, qu’ils feront jaillir à profusion », c’est-à-dire qu’ils l’ouvrent et la dirigent, comme un homme fend le lit d’un fleuve ici et là, jusqu’à l’endroit qu’il souhaite.
Ibn Abī Najīḥ rapporte de Mujāhid : « يُفَجِّرُونَهَا تَفْجِيرًا » signifie qu’ils la conduisent où bon leur semble, et elle les suit ; partout où ils s’inclinent, elle s’incline avec eux.