Al-Farrâ’ a dit :
« Le terme hal peut marquer la négation comme il peut exprimer l’assertion. Dans notre verset, il s’agit d’une assertion, car tu peux dire : “Hal aʿṭaytuka ? – Ne t’ai-je pas donné ?” et, par cette tournure, tu l’amènes à reconnaître que tu lui as effectivement donné. Quant à l’emploi négatif, c’est lorsque tu dis : “Hal yaqdiru aḥadun ʿalâ mithli hādhā ? – Quelqu’un est-il capable d’accomplir pareil acte ?” »
On a encore dit : cette particule tient ici lieu d’interrogation ; le sens est donc : « Il s’est écoulé. »
« L’être humain » désigne en l’occurrence Âdam – sur lui la paix –, selon Qatâdah, ath-Thawrî, ʿIkrimah et as-Suddî ; cela est aussi rapporté d’après Ibn ʿAbbâs.
S’agissant de l’expression « un laps de temps », Ibn ʿAbbâs, dans la version transmise par Abû Ṣâliḥ, a dit : quarante années passèrent sur lui avant que l’âme ne soit insufflée en lui, tandis qu’il gisait entre La Mecque et Ṭâʾif.
D’après une autre version rapportée d’Ibn ʿAbbâs par ad-Ḍaḥḥâk, il fut créé d’argile et demeura ainsi quarante ans ; puis il resta quarante ans sous forme de boue croupissante (ḥamaʾ masnûn), puis quarante ans sous forme d’argile sèche et retentissante (ṣalṣâl) ; sa création s’acheva donc au bout de cent vingt ans.
Ibn Masʿûd ajoute : il demeura quarante ans à l’état de poussière ; sa création s’acheva ainsi au bout de cent soixante ans, puis l’âme fut insufflée en lui.
Il a également été avancé – propos attribué à Ibn ʿAbbâs et rapporté par al-Mâwardî – que la durée évoquée demeure inconnue.
« … il n’était même pas une chose mentionnée » : ad-Ḍaḥḥâk rapporte d’Ibn ʿAbbâs : « ni dans le ciel ni sur la terre. »
Il a été dit encore : il n’était qu’un corps modelé, fait d’argile pétrie et tassée, sans qu’on le mentionne ni qu’on le connaisse, nul ne sachant son nom ni ce qu’on voulait faire de lui ; puis l’âme fut insufflée et il devint mentionné – ainsi l’ont expliqué al-Farrâ’, Qutrub et Thaʿlab.
Yahyâ b. Sallâm a dit : « Il n’était rien de mentionné aux yeux de la création, alors qu’auprès d’Allah il était bel et bien mentionné. »
D’autres ont fait remarquer que ce rappel (dhikr) n’a pas ici le sens d’une simple information ; en effet, l’information que donne le Seigneur sur les êtres créés est éternelle. Il s’agit plutôt d’un rappel signifiant rang, honneur et dignité ; on dit : « Un tel est mentionné », c’est-à-dire qu’il jouit d’honneur et de valeur. Le Très-Haut a dit : « Il est certes un rappel pour toi et pour ton peuple » (az-Zukhruf, 44).
Le sens est donc qu’il est venu sur l’homme un temps où il ne jouissait d’aucune considération auprès des créatures. Puis, lorsque Allah informa les anges qu’Il établissait Âdam comme lieutenant (khalîfah) et qu’Il lui confia le dépôt que les cieux, la terre et les montagnes refusèrent de porter, sa supériorité sur tous devint manifeste et il fut alors mentionné.
Al-Qushayrî conclut : « En somme, il n’était pas mentionné auprès des créatures, bien qu’il le fût auprès d’Allah. »
Muḥammad b. al-Jahm rapporte d’al-Farrâ’ à propos de : « il n’était pas une chose » : « Il était bien une chose, mais il n’était pas mentionné. »
D’autres ont dit : la négation porte sur le fait même d’être une chose ; des périodes du temps se sont écoulées alors qu’Âdam n’était rien de mentionné parmi la création, car il fut le dernier de tous les types d’êtres à être créés ; or ce qui n’existe pas n’est pas une “chose” avant que ne survienne un temps où il existe.
Ainsi, des époques s’écoulèrent durant lesquelles Âdam n’était ni une chose, ni une créature, ni quelque chose de mentionné par quiconque parmi les créatures.
Tel est le sens de la parole de Qatâdah et de Muqâtil. Qatâdah a dit : « L’homme n’a été créé que récemment ; nous ne connaissons parmi les créatures d’Allah – exalté soit-Il – aucune créature… »