Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

C’est ici une interrogation formulée sous le sceau de l’impossible et du désespoir : qui donc serait capable d’écarter la mort par son incantation ?

On rapporte encore d’Ibn ʿAbbâs et d’Abû l-Jawzâʾ que le verbe dérive de raqiya yarqā, « s’élever » ; le sens serait alors : qui fera monter son âme vers le ciel, les Anges de la miséricorde ou ceux du châtiment ?

D’aucuns disent que c’est l’Ange de la Mort qui proclame : « Man râq ? » – c’est-à-dire : qui va transporter cette âme –, car l’âme du mécréant repousse les anges qui la trouvent odieuse. L’Ange de la Mort ordonne alors : « Ô untel, emporte-la vers les hauteurs ! »

ʿÂṣim et quelques autres récitants font l’izhâr de la nûn dans « man râqin » et de la lâm dans « bal rân(a) », afin d’éviter toute confusion avec murâq, « le marchand de bouillon », ou barân, le duel de al-barr. Toutefois, la lecture correcte consiste à ne pas pratiquer cet izhâr ; la kasrah du qāf dans « man râqin » et la fatḥah de la nûn dans « bal rân(a) » suffisent à dissiper l’ambiguïté. Al-Qushayrî estime même que la meilleure explication est l’intention de faire une pause sur « man » et « bal », d’où l’izhâr ainsi observé.

Quant à la parole du Très-Haut : « وَظَنَّ », c’est-à-dire : l’être humain est alors certain qu’« il s’agit bien de la séparation », à savoir la séparation d’avec la vie d’ici-bas, les siens, ses biens et sa descendance, au moment où il voit les anges.

Poète :
Séparation qu’aucune autre séparation n’égale, séparation ;
Tout espoir de retrouvailles s’est éteint dans cette séparation.

« Et la jambe s’enlacera à la jambe » : la détresse se greffe sur la détresse, la souffrance de la fin de ce monde se conjugue à celle du début de l’Au-delà, ainsi l’ont expliqué Ibn ʿAbbâs, al-Ḥasan et d’autres. Al-Shaʿbî et d’autres disent : les deux jambes de l’homme se croisent à l’agonie sous la violence de la douleur. Qatâdah déclare : « Ne l’as-tu pas vu, lorsqu’il touche à la mort, frapper l’une de ses jambes contre l’autre ? » Saʿîd b. al-Musayyab et al-Ḥasan ajoutent : il s’agit de ses deux jambes lorsqu’elles se rejoignent dans le linceul. Zayd b. Aslam affirme : la jambe du linceul s’enroule autour de la jambe du défunt. Al-Ḥasan dit encore : ses pieds sont morts, ses jambes se sont desséchées, si bien qu’elles ne le portent plus, alors qu’autrefois il y marchait sans relâche. An-Nahhâs juge que la première explication est la meilleure.

ʿAlî b. Abî Ṭalḥah rapporte d’Ibn ʿAbbâs : « Et la jambe s’enlacera à la jambe » – cela désigne le dernier jour d’ici-bas et le premier jour de l’Au-delà ; la détresse de l’agonie rejoint l’effroi du dévoilement initial, sauf pour qui Allâh fait miséricorde. La parole du Très-Haut : « alors, vers ton Seigneur, ce jour-là, se fera le départ » en est la preuve.

Mujâhid commente : « épreuve sur épreuve », c’est-à-dire que les tribulations se succèdent. Al-Ḍaḥḥâk et Ibn Zayd disent : deux choses redoutables se liguent contre lui : les hommes préparent son corps, et les anges préparent son âme. D’ailleurs, dans la langue des Arabes, le terme « sāq » (jambe) n’est employé que lorsqu’il est question d’épreuves.

وَكَانَ هَذَا عَلَى وَجْهِ الِاسْتِبْعَادِ وَالْيَأْسِ، أَيْ مَنْ يَقْدِرُ أَنْ يَرْقِيَ مِنَ الْمَوْتِ. وَعَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ أَيْضًا وَأَبِي الْجَوْزَاءِ أَنَّهُ مِنْ رَقِيَ يَرْقَى: إِذَا صَعِدَ، وَالْمَعْنَى: مَنْ يَرْقَى بِرُوحِهِ إِلَى السَّمَاءِ؟ أَمَلَائِكَةُ الرَّحْمَةِ أَمْ مَلَائِكَةُ الْعَذَابِ؟ وَقِيلَ: إِنَّ مَلَكَ الْمَوْتِ يَقُولُ مَنْ رَاقٍ؟ أَيْ مَنْ يَرْقَى بِهَذِهِ النَّفْسِ، وَذَلِكَ أَنَّ نَفْسَ الْكَافِرِ تَكْرَهُ الْمَلَائِكَةُ قُرْبَهَا، فَيَقُولُ مَلَكُ الْمَوْتِ: يَا فُلَانُ اصْعَدْ بِهَا. وَأَظْهَرَ عَاصِمٌ وَقَوْمٌ النُّونَ فِي قَوْلِهِ تَعَالَى: مَنْ راقٍ) وَاللَّامَ فِي قَوْلِهِ: (بَلْ رانَ) لِئَلَّا يشبه مراق وهو بائع المرقة، وبران فِي تَثْنِيَةِ الْبَرِّ. وَالصَّحِيحُ تَرْكُ الْإِظْهَارِ، وَكَسْرَةُ الْقَافِ فِي (مَنْ راقٍ) ، وَفَتْحَةُ النُّونِ فِي (بَلْ رانَ) تَكْفِي فِي زَوَالِ اللَّبْسِ. وَأَمْثَلُ مِمَّا ذُكِرَ: قَصْدُ الْوَقْفِ عَلَى (مَنْ) وَ (بَلْ) ، فَأَظْهَرَهُمَا، قَالَهُ الْقُشَيْرِيُّ. قَوْلُهُ تَعَالَى: وَظَنَّ أَيْ أَيْقَنَ الْإِنْسَانُ (أَنَّهُ الْفِراقُ) أَيْ فِرَاقُ الدُّنْيَا وَالْأَهْلِ وَالْمَالِ وَالْوَلَدِ، وَذَلِكَ حِينَ عَايَنَ الملائكة. قال الشَّاعِرُ: فِرَاقٌ لَيْسَ يُشْبِهُهُ فِرَاقُ ... قَدِ انْقَطَعَ الرَّجَاءُ عَنِ التَّلَاقِ (وَالْتَفَّتِ السَّاقُ بِالسَّاقِ) أَيْ فَاتَّصَلَتِ الشِّدَّةُ بِالشِّدَّةِ، شِدَّةُ آخِرِ الدُّنْيَا بِشِدَّةِ أَوَّلِ الْآخِرَةِ، قَالَهُ ابْنُ عَبَّاسٍ وَالْحَسَنُ وَغَيْرُهُمَا. وَقَالَ الشَّعْبِيُّ وَغَيْرُهُ: الْمَعْنَى الْتَفَّتْ سَاقَا الْإِنْسَانِ عِنْدَ الْمَوْتِ مِنْ شِدَّةِ الْكَرْبِ. وَقَالَ قَتَادَةُ: أَمَا رَأَيْتُهُ إِذَا أَشْرَفَ عَلَى الْمَوْتِ يَضْرِبُ إِحْدَى رِجْلَيْهِ عَلَى الْأُخْرَى. وَقَالَ سَعِيدُ بْنُ الْمُسَيَّبِ وَالْحَسَنُ أَيْضًا: هُمَا سَاقَا الْإِنْسَانِ إِذَا التفتا في الكفن. وقال زيد ابن أَسْلَمَ: الْتَفَّتْ سَاقُ الْكَفَنِ بِسَاقِ الْمَيِّتِ. وَقَالَ الْحَسَنُ أَيْضًا: مَاتَتْ رِجْلَاهُ وَيَبِسَتْ سَاقَاهُ فَلَمْ تَحْمِلَاهُ، وَلَقَدْ كَانَ عَلَيْهِمَا جَوَّالًا. قَالَ النَّحَّاسُ: القول الأول أحسنها. وروى علي ابن أَبِي طَلْحَةَ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ: (وَالْتَفَّتِ السَّاقُ بِالسَّاقِ) قَالَ: آخِرُ يَوْمٍ مِنَ الدُّنْيَا وَأَوَّلُ يَوْمٍ مِنَ الْآخِرَةِ، فَتَلْتَقِي الشِّدَّةُ بِالشِّدَّةِ إِلَّا مَنْ رَحِمَهُ اللَّهُ، أَيْ شِدَّةُ كَرْبِ الْمَوْتِ بِشِدَّةِ هَوْلِ الْمَطْلَعِ، وَالدَّلِيلُ عَلَى هَذَا قَوْلُهُ تَعَالَى: إِلى رَبِّكَ يَوْمَئِذٍ الْمَساقُ وَقَالَ. مُجَاهِدٌ: بَلَاءٌ بِبَلَاءٍ. يَقُولُ: تَتَابَعَتْ عَلَيْهِ الشَّدَائِدُ. وَقَالَ الضَّحَّاكُ وَابْنُ زَيْدٍ: اجْتَمَعَ عَلَيْهِ أَمْرَانِ شَدِيدَانِ: النَّاسُ يُجَهِّزُونَ جَسَدَهُ، وَالْمَلَائِكَةُ يُجَهِّزُونَ رُوحَهُ، وَالْعَرَبُ لَا تَذْكُرُ السَّاقَ إِلَّا فِي الْمِحَنِ

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