sans qu’il ne blâme son propre être – ainsi l’ont rapporté Ibn ʿAbbâs, Mujâhid, al-Ḥasan et d’autres.
Al-Ḥasan a dit : « Par Allâh, il s’agit bien de l’âme du croyant ; on ne voit jamais le croyant sans qu’il ne se reproche à lui-même : “Qu’ai-je voulu par cette parole ? Qu’ai-je voulu en mangeant ? Qu’ai-je voulu par mes pensées ?” Quant au pervers, il ne s’en rend jamais compte à lui-même. »
Mujâhid a déclaré : « C’est celle qui se blâme pour ce qu’elle a laissé passer et s’en repent ; elle se reproche d’avoir commis le mal : pourquoi l’ai-je fait ? et le bien : pourquoi ne l’ai-je pas multiplié ? »
Il a été dit encore : c’est l’âme même portée au blâme.
D’autres ont affirmé : elle se reproche à elle-même ce qu’elle reproche aux autres ; selon ces explications, “al-lawwâmah” a le sens de “al-lâʾimah” (celle qui blâme), qualificatif louangeur, rendant légitime et beau le serment qui la prend à témoin.
Dans certains tafsîr, on lit qu’il s’agit d’Âdam – paix sur lui –, demeuré constamment à se reprocher la désobéissance qui lui valut d’être expulsé du Paradis.
On a aussi dit – d’après Ibn ʿAbbâs – que “al-lawwâmah” signifie « celle qui est blâmée, réprouvée » ; c’est alors un attribut de blâme, et tel est l’avis de ceux qui nient qu’il s’agisse d’un serment, car le pécheur ne possède pas de dignité telle qu’on jure par lui ; elle est donc vouée à de continuels reproches.
Maqâtil a expliqué : c’est l’âme du mécréant ; il se reprochera, dans l’Au-delà, d’avoir manqué à son devoir envers Allâh et se consumera de regrets.
Al-Farrâʾ a dit : « Il n’est point d’âme, qu’elle fasse le bien ou le mal, sans qu’elle ne se blâme ; le bienfaisant se dit : “Si seulement j’avais accru ma bienfaisance !”, tandis que le malfaisant se dit : “Si seulement je m’étais retenu de mon mal !” »
Parole du Très-Haut :
« L’homme pense-t-il que Nous ne réunirons pas ses ossements ? »
– pour les recréer tout neufs après qu’ils seront devenus poussière.
Az-Zajjâj commente : « Je jure par le Jour de la Résurrection et par l’âme blâmeuse : certes, Il réunira les ossements pour la résurrection » – tel est le complément du serment.
An-Naḥḥâs dit : le complément du serment est omis ; il faut sous-entendre : « Vous serez certes ressuscités », comme l’indique Sa parole : « L’homme pense-t-il que Nous ne réunirons pas ses ossements ? » c’est-à-dire pour les revivifier et les ressusciter. Ici, le terme « l’homme » désigne le mécréant qui nie la résurrection.
Le verset fut révélé à propos de ʿAdiyy ibn Rabîʿah. Il avait dit au Prophète – que les prières et la paix d’Allâh soient sur lui : « Parle-moi du Jour de la Résurrection : quand aura-t-il lieu, quel en est le déroulement et l’état ? » Le Prophète – paix et bénédictions sur lui – le lui expliqua, mais il répliqua : « Même si je voyais ce Jour de mes propres yeux, je ne te croirais pas, ô Muḥammad, et je n’y croirais pas : Allâh réunirait-Il vraiment les ossements ?! »
C’est pour cela que le Prophète – paix et bénédictions sur lui – disait :
« Ô Allâh, protège-moi de mes deux mauvais voisins : ʿAdiyy ibn Rabîʿah et al-Akhnaṣ ibn Sharîq. »
On a également affirmé que le verset vise l’ennemi d’Allâh Abû Jahl lorsqu’il nia la résurrection après la mort. Les ossements sont mentionnés, bien que l’intention porte sur la personne tout entière, car les os constituent la charpente de la création.
Le mot « Balā » marque ici une halte convenable, puis l’on reprend avec « qâdirîna ».
Sîbawayh explique : le sens est : « Nous les réunirons, tout en étant parfaitement capables » ; « qâdirîna » est alors un état (ḥâl) rapporté au sujet implicite du verbe sous-entendu, ainsi que nous l’avons exposé.