Les exégètes sont unanimes pour dire qu’il s’agit d’al-Walîd b. al-Mughîra al-Makhzûmî, quand bien même les hommes furent créés à l’égal de sa création. S’il est toutefois distingué par la mention, c’est en raison de son ingratitude à l’égard des bienfaits d’Allah et du tort qu’il fit au Messager – paix et bénédictions sur lui – ; on le surnommait d’ailleurs « al-Waḥîd » au sein de son peuple.
Ibn ʿAbbâs rapporte qu’al-Walîd disait : « Je suis al-Waḥîd, fils d’al-Waḥîd ; nul parmi les Arabes n’a mon pareil, pas plus que mon père al-Mughîra n’a d’égal. » On le désignait, en effet, sous le nom d’al-Waḥîd.
Allah – Très-haut – déclara alors : « Laisse-Moi donc avec celui que J’ai créé, lui qui prétend être unique » ; Il ne l’a nullement avalisé dans sa prétention à l’unicité.
D’autres ont dit : dans la parole du Très-haut « waḥîdan », le terme revient au Seigneur – Exalté soit-Il – et comporte deux sens :
- « Laisse-Moi, Moi seul, avec lui ; Je Me charge, à la place de tout vengeur, de te rétribuer en Me vengeant de lui. »
- « C’est Moi qui l’ai créé seul, sans qu’aucun ne Me soit associé dans cette création ; Je le ferai donc périr sans avoir besoin d’allié dans sa destruction. » Selon ce second sens, « waḥîdan » est un ḥâl rattaché au pronom sujet – la tâʾ de « khalaqt(u) ».
Le premier avis est celui de Mujâhid : « Je l’ai créé seul dans le ventre de sa mère, sans biens ni enfants ; puis Je l’ai comblé de bienfaits et il a mécru. » Ainsi, dans cette approche, « waḥîdan » renvoie à al-Walîd : il ne possédait rien, puis Je l’ai doté de richesses.
Il a aussi été dit que cette expression vise à lui montrer qu’il sera ressuscité seul, de la même manière qu’il fut créé seul.
D’autres encore soutiennent que « al-Waḥîd » désigne celui dont le père est inconnu ; or, al-Walîd était réputé être un enfant illégitime, comme nous l’avons mentionné à propos de la Parole du Très-haut : « … brute et, de surcroît, bâtard » (al-Qalam, 13), description qui s’applique également à al-Walîd.
Sa parole – Exalté soit-Il :
« Et J’ai fait pour lui une richesse déployée »
– c’est-à-dire : Je l’ai gratifié et doté d’une fortune considérable. Celle-ci se composait de ce qu’al-Walîd possédait, entre La Mecque et Ṭâʾif, en chameaux, en enclos, en troupeaux, en vergers, en esclaves et en servantes, ainsi qu’Ibn ʿAbbâs le disait.
Mujâhid a déclaré : un revenu d’un millier de dînars ; c’est aussi l’avis de Saʿîd b. Jubayr et d’Ibn ʿAbbâs. Qatâda a parlé, lui, de six mille dînars ; Sufyân ath-Thawrî et Qatâda, de quatre mille dînars ; ath-Thawrî a également avancé le chiffre d’un million de dînars.
Muqâtil a dit : il possédait un verger dont la générosité ne tarissait ni en hiver ni en été. ʿUmar – qu’Allah l’agrée – a commenté : « Et J’ai fait pour lui une richesse déployée » : un revenu qui arrive mois après mois. Nuʿmân b. Sâlim a évoqué une terre qu’il cultivait. Al-Qushayrî conclut : l’interprétation la plus évidente est qu’il s’agit d’une allusion à une subsistance ininterrompue, se succédant comme les récoltes, la traite du bétail ou le commerce.