Quant à l’expression « al-Muzzammil », certains l’ont comprise selon son sens littéral ; il fut alors dit : « Ô toi qui t’es enveloppé dans tes vêtements ou dans ta couverture, lève-toi ! » – ainsi l’ont expliqué Ibrâhîm et Qatâda.
D’autres l’ont prise au sens figuré, comme si l’on disait : « Ô toi qui t’es revêtu de la prophétie », selon ʿIkrima. Or, cette interprétation ne serait recevable que si la mîm était prononcée ouverte et redoublée, à la manière du participe passif dont l’agent n’est pas mentionné ; dès lors qu’elle vient sous la forme du participe actif, cette explication est infondée.
Je dis : nous avons montré qu’il s’agit ici d’une ellipse du complément d’objet – et cette lecture est attestée –, si bien que le sens demeure correct.
Il ajouta : Quant à celui qui a soutenu qu’il avait été « couvert du Coran », la métaphore est recevable, mais, comme nous l’avons indiqué, elle n’est nullement nécessaire.
Troisièmement –
Al-Suhaylî dit : « Al-Muzzammil» n’est pas un nom parmi les noms du Prophète – qu’Allâh prie sur lui et le salue – et il n’a jamais été connu sous cette appellation, contrairement à ce qu’ont avancé certains en l’énumérant parmi ses noms. « Al-Muzzammil » est un terme dérivé de l’état dans lequel il se trouvait au moment où il fut interpellé, de même que « al-Muddaththir ».
Le fait de l’appeler ainsi comporte deux avantages :
- La délicatesse : lorsque les Arabes veulent se montrer bienveillants envers l’interlocuteur et renoncer au reproche, ils le nomment d’un vocable tiré de l’état où il se trouve. Ainsi, lorsque le Prophète – paix et bénédictions d’Allâh sur lui – vint trouver ʿAlî, irrité contre Fâtima – qu’Allâh les agrée –, il le trouva endormi, le flanc couvert de poussière, et lui dit :
« Lève-toi, Abâ Turâb ! »
– pour lui signifier qu’il ne lui en voulait pas et par sollicitude à son égard.
De même lui dit-il à Hudhayfa :
« Lève-toi, ô dormeur ! »
– alors qu’il sommeillait, par bienveillance et pour marquer l’absence de blâme ou de réprimande [1].
De la sorte, lorsque le Très-Haut dit à Muḥammad – qu’Allâh prie sur lui et le salue : « Ô toi, l’enveloppé, lève-toi », il y a là réconfort et douceur, afin qu’il sente qu’aucun reproche ne lui est fait. - L’avertissement adressé à tout dormeur emmitouflé dans sa couverture afin qu’il se rappelle la prière nocturne et l’invocation d’Allâh durant la nuit ; en effet, un nom dérivé d’un verbe s’étend à quiconque accomplit l’action et se caractérise par cet état.
Quatrièmement –
Au sujet de Sa parole : « Lève-toi pour prier la nuit », la récitation la plus courante prononce la mîm avec kasra pour éviter la rencontre de deux consonnes muettes ; Abû al-Sammâl l’a lue avec ḍamma, par assimilation au ḍamma de la qâf, et l’on a également rapporté la fatḥa pour sa légèreté.
ʿUthmân b. Jinnî a dit : « Le but de cette voyelle est de rendre le mot prononçable pour éviter la jonction de deux lettres mortes ; quelle que soit la voyelle employée, le résultat recherché est atteint. »
Le verbe relève des intransitifs qui n’admettent pas de complément direct ; quant aux compléments circonstanciels de temps et de lieu, ils sont recevables.