Et « al-mutadaththir ».
Quant à Saʿîd, il lit : al-muzzammil.
Deux avis se rapportent à l’étymologie de « al-muzzammil » :
- Il désignerait « celui qui porte ». On dit : « zamala » une chose lorsqu’on la porte ; de là vient « zâmilah », la chamelle qui porte les ballots de tissus.
- Il désignerait « celui qui se couvre ». On dit : « tazammala » ou « tadaththara » de son vêtement lorsqu’on se couvre, et « zammala fulânan » lorsqu’on couvre autrui. Tout objet enveloppé est ainsi « zummila » ou « duththira ».
Imru’ l-Qays a dit :
« Chef de tribu, dans un manteau, enveloppé. »
Deuxième point —
La parole du Très-Haut : « Ô toi, l’enveloppé dans ton manteau » constitue une adresse au Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — et l’on y trouve trois explications :
- Selon ʿIkrima : « Ô toi qui es enveloppé de la prophétie et engagé dans la mission. » Il a également dit : « Ô toi à qui cette charge a été confiée — que tu as portée puis laissée. » Il récitait : « yâ ayyuha l-muzamal » — en allégeant la zâʾ, en ouvrant la mîm et en la redoublant, l’objet étant sous-entendu — et de même pour « al-mudaththir ». Le sens est alors : « celui qui s’enveloppe lui-même » ou « celui qu’un autre a enveloppé ».
- « Ô toi qui te drapes du Coran », selon Ibn ʿAbbâs.
- « Ô toi qui es enveloppé de tes vêtements », selon Qatâda et d’autres.
An-Nakhʿî a dit : « Il était couvert d’une qâtifa (couverture épaisse). »
ʿÂʾisha a rapporté : « Il s’agissait d’un mirt long de quatorze coudées ; la moitié me couvrait tandis que je dormais, et l’autre moitié couvrait le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — pendant qu’il priait. Par Allah, ce n’était ni brocart, ni soie, ni “mirʿizâʾ”, ni satin, ni laine ; sa chaîne était de poil et sa trame de duvet. » C’est ce qu’a mentionné ath-Thaʿlabî.
Je dis : Cette parole de ʿÂʾisha montre que la sourate est médinoise ; en effet, le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — n’a consommé son mariage avec elle qu’à Médine. Ce qui a été avancé au sujet de son caractère mecquois n’est donc pas authentique. Allah est plus savant.
Ad-Dahhâk a dit : « Il se couvrit de ses vêtements pour dormir. »
On a aussi rapporté ceci : une parole blessante des polythéistes lui parvint ; elle l’affligea tellement qu’il s’enveloppa et se couvrit de ses habits. C’est alors que furent révélés : « Ô toi, l’enveloppé… » [al-Muzzammil : 1] et « Ô toi, le revêtu d’un manteau… » [al-Muddaththir : 1].
Selon un autre avis, cela se produisit au tout début de la Révélation : lorsqu’il entendit la parole de l’Ange et le vit, un frisson le saisit ; il rejoignit sa famille en disant : « Zammilûnî, daththirûnî ! (Enveloppez-moi, couvrez-moi !) » — ce sens est rapporté d’Ibn ʿAbbâs.
Les sages ont dit : s’il fut interpellé par « al-muzzammil » et « al-muddaththir » au commencement de l’affaire, c’est parce qu’il n’avait pas encore revêtu quoi que ce fût de la prédication du Message.
Ibn al-ʿArabî dit : On a divergé au sujet de l’interprétation de « Ô toi… »