S’ils s’étaient tenus fermement sur la voie où ils se trouvent, à savoir la mécréance, et qu’ils eussent été tous, sans exception, des infidèles, Nous aurions certes élargi leurs subsistances – à titre de ruse et pour les attirer graduellement – jusqu’à ce qu’ils s’y laissent séduire ; puis Nous les aurions châtiés par ces mêmes biens, ici-bas et dans l’Au-delà.
Telle est l’interprétation avancée par al-Rabīʿ ibn Anas, Zayd ibn Aslam et son fils, al-Kalbī, ath-Thumālī, Yamān ibn Rabāb, Ibn Kaysān et Abū Mijlaz.
Ils se sont appuyés sur la parole du Très-Haut : « Puis, lorsqu’ils eurent oublié ce qui leur avait été rappelé, Nous ouvrîmes devant eux les portes de toute chose » (al-Anʿām, 44) ;
ainsi que sur Sa parole : « N’eût été que les hommes risquassent de devenir une seule communauté, Nous aurions certes attribué à ceux qui mécroient au Tout Miséricordieux des toits d’argent pour leurs demeures » (az-Zukhruf, 33).
Cependant, la première opinion paraît plus fondée : le terme « la voie » (aṭ-ṭarīqah) est précédé de l’article défini, d’où l’obligation de l’entendre comme la voie de la guidée ; de plus, la rectitude ne s’obtient qu’avec la direction droite.
Dans le Ṣaḥîḥ de Muslim, d’après Abû Saʿîd al-Khudrî – qu’Allâh l’agrée –, le Messager d’Allâh – paix et bénédictions sur lui – a dit : « Ce dont je crains le plus pour vous, c’est ce qu’Allâh fera surgir pour vous de la parure de ce bas-monde. » Ils demandèrent : « Quelle est donc la parure de ce bas-monde ? » Il répondit : « Les bénédictions de la terre… », puis il mentionna le reste du ḥadith.
Il – paix et bénédictions sur lui – dit encore : « Par Allâh ! Ce n’est pas la pauvreté que je redoute pour vous ; je crains plutôt qu’on n’étale devant vous le bas-monde – comme on l’a étalé devant ceux qui vous ont précédés [1] – et que vous ne rivalisiez pour l’obtenir comme ils ont rivalisé, au point qu’il ne vous fasse périr comme il les a fait périr. »
Quant à Sa parole – Très-Haut – : « Et quiconque se détourne du rappel de son Seigneur », Ibn Zayd a dit qu’il s’agit du Coran. Deux options s’offrent alors quant à ce détournement : soit il concerne l’acceptation, si l’on estime que le verset vise les mécréants ; soit il concerne la mise en pratique, si l’on considère qu’il s’adresse aux croyants. D’autres ont dit : « Se détourner du rappel de son Seigneur » signifie ne pas remercier Ses bienfaits.
« Nous l’acheminerons vers un châtiment çaʿadan ». Les récitateurs kûfiens et ʿAyyâsh, d’après Abû ʿAmr, lisent « yaslukhu » (Il l’acheminera) avec yā’, lecture retenue par Abû ʿUbayd et Abû Ḥâtim, car le Nom d’Allâh précède immédiatement : « Et quiconque se détourne du rappel de son Seigneur ». Les autres lisent « naslukhu » (Nous l’acheminerons) avec nûn. On rapporte de Muslim ibn Jundub une lecture où la nûn est dammée et la lām kasrée ; ainsi ont également lu Ṭalḥa et al-Aʿraj. Les deux formes « salakahu » et « aslakahu » ont le même sens : « Nous le ferons entrer ». « Un châtiment çaʿadan » signifie : pénible et très dur.
Ibn ʿAbbâs a dit : « C’est une montagne, au plus profond de la Géhenne [2]. » [Al-Khudrî a ajouté : « Chaque fois qu’ils poseront leurs mains dessus, elles fondront. »] D’après Ibn ʿAbbâs encore, le sens est : une peine extrêmement éprouvante. Il est en effet établi, dans la langue, que aṣ-ṣaʿad désigne la difficulté ; on dit : « taṣaʿʿadanî l-amr » lorsque l’affaire te pèse. D’où la parole de ʿUmar : « Rien ne m’a pesé autant que le sermon du mariage ne m’a pesé », c’est-à-dire : rien ne m’a été plus pénible.
[1] Passage additionnel provenant de certaines versions du ḥadith.
[2] Variante rapportée d’al-Khudrî.