[Sourate Nûḥ (71), versets 26-27]
« Et Nûḥ dit : Ô mon Seigneur, ne laisse sur la terre aucun habitant d’entre les mécréants. (26)
Car si Tu les laisses, ils égareront Tes serviteurs, et ils n’engendreront que des pervers, obstinément ingrats. (27) »
Il s’y trouve quatre questions.
Première question : Il invoqua contre eux lorsqu’il désespéra de les voir le suivre. – Qatâdah dit : Il invoqua contre eux après que Dieu lui eut révélé : « Il ne croira, parmi ton peuple, que celui qui a déjà cru. »[1] Dieu exauça donc son invocation et noya sa communauté. C’est semblable à la parole du Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui :
« Ô Allâh, Toi qui as fait descendre le Livre, Toi qui es prompt au compte, Toi qui as mis en déroute les Coalisés, mets-les en déroute et ébranle-les. »[2]
On a dit encore : la cause de son invocation fut qu’un homme de son peuple, portant un petit enfant sur l’épaule, passa devant Nûḥ. Celui-ci lui dit : « Méfie-toi de cet homme, il t’égarera. » L’enfant dit alors : « Ô mon père, fais-moi descendre. » L’homme le déposa, puis le jeta à terre et le blessa à la tête ; Nûḥ se mit alors en colère et invoqua contre eux.
Muḥammad b. Kaʿb, Muqâtil, al-Rabîʿ, ʿAṭiyyah et Ibn Zayd disent : Il ne prononça ces paroles qu’après que Dieu eut fait sortir de leurs reins et des matrices de leurs femmes tout croyant, et qu’Il eut rendu stériles les matrices des femmes et les reins des hommes soixante-dix ans avant le châtiment – ou, selon une autre version, quarante ans. Qatâdah dit : Il n’y avait parmi eux aucun enfant au moment du châtiment.
Al-Ḥasan et Abû l-ʿÂliyah disent : Si Dieu avait fait périr leurs enfants avec eux, cela eût été un châtiment divin pour eux et une justice à leur égard ; mais Dieu anéantit leurs enfants et leur descendance sans châtiment, puis Il les fit périr, eux, par le châtiment, comme l’indique Sa parole : « Et le peuple de Nûḥ, lorsqu’ils traitèrent de mensonge les messagers, Nous les noyâmes. »[3]
Deuxième question : Ibn al-ʿArabî a dit : « Nûḥ invoqua contre l’ensemble des mécréants, tandis que le Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui – invoqua contre ceux qui s’étaient ligués contre les croyants et avaient suscité l’hostilité à leur encontre. Il en ressort un principe : on peut invoquer contre les mécréants en bloc ; quant à un mécréant déterminé dont l’issue finale n’est pas connue, on n’invoque pas contre lui, car son sort nous est inconnu, et peut-être, auprès d’Allâh, est-il voué au bonheur. Si le Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui – a nommément invoqué contre ʿUtbah, Shaybah et leurs compagnons, c’est qu’il connaissait leur sort, le voile ayant été levé pour lui sur leur état. Et Allâh sait mieux. »
Et je dis : Cette question a déjà été traitée en détail dans la sourate « Al-Baqarah »[4]. Louange à Allâh.
Notes :
[1] Hûd, 36.
[2] Ḥadith rapporté au sujet de la bataille des Coalisés (al-Aḥzâb).
[3] Al-Furqân, 37.
[4] Voir le commentaire du verset 88 de la sourate « Al-Baqarah », dans ce même ouvrage.