À l’origine, le pluriel devait être : « khaṭāʾiyya » – sur le schème « faʿāʾil ». La rencontre de deux hamzas successives a conduit à transformer la seconde en yāʾ, la précède en effet une kasra. Puis l’ensemble fut jugé lourd : le mot est déjà défectueux, et le pluriel aggrave encore la pesanteur. On changea donc la yāʾ en alif ; la première hamza, prise en étau entre les deux alifs, fut à son tour changée en yāʾ pour alléger la prononciation. Les autres lecteurs rendent « khaṭīʾātihim », au pluriel dit « du salīm ».
Abû ʿAmr déclara : « Un peuple demeura dans la mécréance mille ans ; ils n’eurent pourtant que des khaṭiyyāt. » Il veut dire par là que « khaṭāyā » est d’un nombre supérieur à « khaṭiyyāt ».
D’autres savants affirment : « khaṭāyā » et « khaṭiyyāt » ne font qu’un ; les deux pluriels s’emploient pour l’abondance comme pour la rareté. Ils s’appuient sur la parole du Très-Haut : « … que ne s’épuisent les Paroles d’Allâh » (Luqmân, 27).
Un poète a dit :
« Nous avons des coupes d’argent qui luisent au matin,
Et des glaives dont, par vaillance, goutte le sang carmin. »
On lit aussi « khaṭīyātihim » et « khaṭiyyātihim », la hamza devenant yāʾ puis assimilée.
D’après al-Jaḥdarî, ʿAmr ibn ʿUbayd, al-Aʿmash, Abû Ḥaywa et Ashhab al-ʿUqaylî, on rapporte la lecture au singulier : « khaṭīʾatihim », le terme renvoyant alors au shirk.
« … puis ils furent introduits dans un Feu » : c’est-à-dire après avoir été noyés.
Al-Qushayrî dit : ceci prouve l’existence du châtiment de la tombe.
Ceux qui le nient soutiennent : ils sont simplement devenus passibles de l’Enfer, ou bien on leur a montré, matin et soir, leurs demeures en Enfer, comme dans la parole du Très-Haut : « Le Feu : matin et soir ils y sont exposés » (Ghâfir, 46).
Il a également été avancé qu’ils faisaient allusion au hadith : « La mer est un feu dans un Feu. »
Abû Rawq rapporte d’al-Ḍaḥḥâk, à propos du verset : « Ils furent noyés, puis introduits dans un Feu » : « Ils furent tourmentés par le feu dans ce bas-monde, simultanément au noyade ; d’un côté ils se noyaient, de l’autre ils brûlaient au sein même de l’eau. »
Al-Thaʿlabî mentionne ces vers qu’il tient d’Abû Bakr ibn al-Anbârî :
« La création tantôt s’assemble, tantôt elle se sépare ;
Les événements, multiples, se succèdent sans égard.
Ne t’étonne point si les contraires se concertent :
Dieu réunit l’onde et le feu, et nul ne l’en détourne. »
« Ils ne trouvèrent, en dehors d’Allâh, aucun secoureur » : c’est-à-dire personne pour détourner d’eux le châtiment.