Il faut entendre par là tout individu qui est suivi, qu’il conduise au bien ou qu’il mène au mal.
Ainsi, lorsque l’homme a été un chef de file dans le bien, qu’il y appelait, l’ordonnait et comptait un grand nombre d’adeptes, on l’appelle par son nom et celui de son père ; il s’avance, et, lorsqu’il approche, on fait sortir pour lui un livre blanc, écrit d’une écriture blanche : à l’intérieur se trouvent ses mauvaises actions, et à l’extérieur ses bonnes œuvres. On commence par lui présenter ses mauvaises actions ; il les lit, en est saisi de crainte, son visage jaunit et sa couleur change. Lorsqu’il parvient à la fin du livre, il y lit :
« Voici tes méfaits ; Je te les ai pardonnés. »
Il se réjouit alors d’une joie intense ; puis il retourne son livre et lit ses bonnes œuvres, ce qui accroît encore sa joie, jusqu’à ce qu’il atteigne la fin du livre où il trouve :
« Voici tes bonnes œuvres ; elles ont été multipliées pour toi. »
Son visage s’illumine ; on lui apporte une couronne qu’on pose sur sa tête, il est revêtu de deux parures, chaque articulation de son corps est ornée, et sa taille s’allonge jusqu’à soixante coudées, la stature d’Âdam – sur lui la paix.
On lui dira :
« Pars vers tes compagnons, informe-les et annonce-leur que chacun d’eux aura l’équivalent de cela. »
Lorsqu’il se retourne, il dira :
« Tenez, lisez mon livre ! J’étais convaincu d’avoir à rencontrer mon compte. »
Le Très-Haut dit :
« Il sera dans une vie agréée », c’est-à-dire entièrement satisfaisante, « dans un Jardin élevé », au ciel, « dont les grappes » – fruits et régimes – « sont proches », rapprochées pour eux.
Il dira alors à ses compagnons :
« Me reconnaissez-vous ? »
Ils répondront :
« Une noble faveur t’a enveloppé ; qui es-tu ? »
Il dira :
« Je suis un tel, fils d’un tel ; j’annonce à chacun de vous l’équivalent de ceci : “Mangez et buvez en toute délectation pour ce que vous avez avancé dans les jours révolus” – c’est-à-dire que vous avez présenté durant les jours de la vie d’ici-bas. »
Mais si l’homme a été un chef de file dans le mal, y appelant, l’ordonnant et comptant de nombreux adeptes, on l’appelle par son nom et celui de son père ; il s’avance vers son jugement et l’on fait sortir pour lui un livre noir, écrit d’une écriture noire : à l’intérieur se trouvent ses bonnes œuvres, et à l’extérieur ses mauvaises actions. On commence par les bonnes œuvres ; il les lit et pense qu’il sera sauvé. Mais lorsqu’il atteint la fin du livre, il y trouve :
« Voici tes bonnes œuvres ; elles t’ont été rendues. »
Son visage s’assombrit, la tristesse l’envahit et il désespère de tout bien ; puis il retourne son livre, lit ses mauvaises actions et ne fait qu’accroître sa peine, tandis que son visage s’obscurcit davantage, jusqu’à ce qu’il atteigne la fin du livre où il trouve :
« Voici tes méfaits ; ils ont été doublés contre toi. »
C’est-à-dire que le châtiment en est multiplié pour lui – non qu’il y soit ajouté ce qu’il n’a pas commis. Son corps devient énorme pour la Fournaise, ses yeux bleuissent et son visage noircit.
Il est revêtu de chemises de poix et on lui dira :
« Pars vers tes compagnons et informe-les que chacun d’eux aura l’équivalent de cela. »
Il s’en va en disant :
« Hélas ! Si seulement on ne m’avait pas remis mon livre, que je n’eusse pas connu mon compte ! Hélas ! Que celle-ci fût la fin décisive ! » – il aspire alors à la mort.