C’est-à-dire : elles seront aplaties d’un seul aplatissement ; de là l’on dit : « le dôme du chameau s’est affaissé » lorsqu’il se couche en étalant son dos. Cette explication a déjà été donnée dans la sourate « al-Aʿrâf »(1).
ʿAbd al-Ḥamîd, d’après Ibn ʿÂmir, a lu : « وَحُمِّلَتِ الْأَرْضُ وَالْجِبَالُ » en intensifiant la consonne médiane, le verbe étant ainsi rapporté au second complément d’objet. C’est comme si, dans la formulation première, l’on avait : « Notre Puissance, ou l’un des anges que Nous comptons, porta la terre et les montagnes », puis l’action fut attribuée au second complément, auquel le verbe fut alors conjugué à la forme passive. Si l’on mentionnait le premier complément, le verbe lui serait forcément rattaché ; ce serait alors comme s’Il avait dit : « Notre Puissance porta la terre. »
Il demeure toutefois permis de construire le verbe sur le second complément par inversion (qalb) et de dire : « La terre porta l’ange », à l’image des tournures : « أُلْبِسَ زَيْدٌ الْجُبَّةَ » – « Zayd fut revêtu du manteau », ou « أَلْبَسْتُ الْجُبَّةَ زَيْدًا » – « J’ai revêtu Zayd du manteau. »
[Sourate al-Ḥâqqah (69) : versets 15-17]
فَيَوْمَئِذٍ وَقَعَتِ الْوَاقِعَةُ (15)
وَانْشَقَّتِ السَّماءُ فَهِيَ يَوْمَئِذٍ وَاهِيَةٌ (16)
وَالْمَلَكُ عَلَى أَرْجَائِهَا وَيَحْمِلُ عَرْشَ رَبِّكَ فَوْقَهُمْ يَوْمَئِذٍ ثَمَانِيَةٌ (17)
Parole du Très-Haut :
« Ce jour-là, l’Évènement arrivera » : c’est-à-dire que la Résurrection se lèvera.
« Et le ciel se fendra » : il se fendra et se déchirera.
On a dit encore : il se fendra pour laisser descendre les anges qu’il renferme ; la preuve en est la parole d’Allah, exalté soit-Il : « Et le Jour où le ciel se fendra avec des nuées et où l’on fera descendre les anges comme il se doit » (al-Furqân : 25) – ce point a déjà été évoqué(2).
« Il sera, ce jour-là, fragile (wâhiyah) » : c’est-à-dire faible. On dit : وَهَى الْبِنَاءُ يَهِي وَهْيًا, « le bâtiment s’est effrité », il est alors وَاهٍ lorsqu’il devient très fragile ; on dit également d’une parole qu’elle est وَاهٍ, c’est-à-dire sans force.
On a dit : après la dureté qu’il avait auparavant, il deviendra semblable à la laine par sa friabilité, et ce sera à cause de la descente des anges, comme nous l’avons mentionné.
D’autres ont dit : ce sera sous l’effet de l’effroi du Jour de la Résurrection.
D’autres encore ont dit : وَاهِيَةٌ signifie « déchiré », selon Ibn Shajara ; le terme est emprunté à leur expression : وَهِيَ السِّقَاءُ, « l’outre s’est fendue ».
Parmi leurs proverbes :
« Laisse passer celui dont l’outre est fendue,
Celui dont l’eau s’est répandue dans le désert »,
c’est-à-dire celui qui, faible d’esprit, ne sait pas se préserver lui-même.
« Et l’Ange » – c’est-à-dire la catégorie angélique –
« se tiendra sur ses bords » : c’est-à-dire sur les extrémités du ciel lorsqu’il se fendra, car le ciel est leur demeure, d’après Ibn ʿAbbâs. Al-Mâwardî dit : il s’agit vraisemblablement de l’avis de Mujâhid et de Qatâdah. Ath-Thaʿlabî le rapporte également d’après ad-Ḍaḥḥâk : « sur ses bords, c’est-à-dire sur la partie qui ne se sera pas fendue. »