et Tu ne me châties pas !» – dit-il. Alors Allah révéla au Prophète de leur époque : «Dis-lui : combien de châtiments ne t’ai-Je pas déjà infligés sans que tu t’en rendes compte ! La sécheresse de tes yeux et la dureté de ton cœur sont une attirance graduelle (istidrâj) de Ma part et, si tu comprenais, un véritable châtiment.
L’istidrâj : c’est le fait de différer la sanction. Son sens originel est le déplacement d’un état à un autre, progressivement, comme l’on gravit des degrés. De là vient le mot darajah (degré), palier après palier. On dit : «Untel a pratiqué l’istidrâj à l’égard d’Untel», c’est-à-dire qu’il a tiré de lui ce qu’il avait, petit à petit.
Il est également dit : «darajahû ilâ kadhâ wa-istadrajahû», au même sens : il l’a rapproché d’une chose graduellement, si bien que l’autre y est parvenu pas à pas.
«Et Je leur accorde un délai» (wa-umlî lahum) : c’est-à-dire que Je leur donne du répit et que J’allonge pour eux la durée.
Al-mulâwah (1) : la longueur du temps. «Amlâ Allâhu lahu» : Allah lui a prolongé le délai.
Al-malawân : la nuit et le jour.
Il a aussi été dit : «Je leur accorde un délai», c’est-à-dire : Je ne m’empresse pas de les faire mourir ; le sens est identique. L’explication en a déjà été donnée dans la sourate «al-Aʿrâf» (2).
«En vérité, Mon stratagème est solide» : c’est-à-dire que Mon châtiment est puissant et sévère ; nul ne saurait Me fuir.
[Sourate al-Qalam, 68 : 46]
Te demandes-tu d’eux un salaire, de sorte qu’ils soient accablés d’une charge ? (46)
Le discours reprend ce qui précède dans Sa parole – exalté soit-Il : «Ou ont-ils des associés…» (Qalam : 41). Autrement dit : réclames-tu de leur part une rétribution pour ce à quoi tu les appelles, à savoir la foi en Allah ? Serait-ce donc le poids de cette dépense qui les accable, tant il leur est pénible de donner de leurs biens ? En réalité, aucune charge ne pèse sur eux ; bien au contraire, en te suivant ils s’approprieraient les trésors de la terre et parviendraient aux jardins de délice.
[Sourate al-Qalam, 68 : 47]
Ou bien détiennent-ils l’Inconnaissable, qu’ils consignent par écrit ? (47)
Sa parole – exalté soit-Il : «Ou bien détiennent-ils l’Inconnaissable» : c’est-à-dire la science de ce qui leur est caché.
«… qu’ils consignent par écrit.» Il a aussi été dit : la révélation leur parvient-elle au sujet de ce qu’ils avancent ?
Selon Ibn ʿAbbâs, l’Inconnaissable (al-ghayb) désigne ici la Tablette préservée ; ils y écrivent ce qui s’y trouve pour te contester, affirmant qu’ils sont meilleurs que vous et qu’ils ne seront pas châtiés.
Et l’on a dit : «qu’ils consignent par écrit» signifie qu’ils statuent pour eux-mêmes selon leurs désirs.
[Sourate al-Qalam, 68 : 48]
──────────
(1) Mulâwah : longueur ou durée du temps.
(2) Voir le commentaire du verset correspondant dans la sourate «al-Aʿrâf».