De cela. Il est rapporté qu’il fut interdit de moissonner la nuit.
On a dit : c’est parce qu’en agissant ainsi on prive les indigents de la douceur (rifq) dont ils bénéficient ; celui qui soutient cette opinion interprète dans ce sens le verset de la sourate « Nûn wa-l-Qalam ».
D’autres ont affirmé que l’interdiction n’est motivée que par la crainte des serpents, appelés « umm al-arḍ » (la mère de la terre).
Je dis : la première explication est la plus juste, et la seconde est louable. Nous avons déclaré la première plus correcte parce que le châtiment est survenu en raison de ce qu’ils avaient projeté : priver les pauvres, comme Allah – exalté soit-Il – l’a mentionné.
Asbâṭ rapporte d’après al-Suddî : Il y avait au Yémen des gens dont le père était un homme vertueux ; lorsque ses fruits parvenaient à maturité, les pauvres venaient, et il ne leur interdisait ni d’entrer dans le verger, ni d’en manger, ni d’en emporter avec eux.
Quand il mourut, ses fils se dirent les uns aux autres : « Pourquoi donnerions-nous nos biens à ces pauvres ? Allons, partons de nuit récolter avant que les indigents ne l’apprennent. » Ils ne firent aucune exception (ils ne dirent pas : « si Allah le veut »). Ils se mirent donc en route, tandis que l’un murmurait à l’autre :
(1) « Qu’aujourd’hui aucun pauvre n’y entre auprès de vous ! »
C’est ce qu’indique la parole du Très-Haut : « lorsqu’ils jurèrent », c’est-à-dire qu’ils se prêtèrent serment entre eux, « qu’ils la récolteraient au matin », c’est-à-dire : « nous la couperons à l’aube avant que les nécessiteux ne sortent », « sans faire d’exception », c’est-à-dire sans dire : « si Allah le veut ».
Ibn ʿAbbâs a dit : Ce verger se trouvait à deux farsakhs en deçà de Ṣanʿâʾ ; il avait été planté par un homme pieux qui avait trois fils. Tout ce que la faucille laissait dans la vigne appartenait aux pauvres ; quand on étendait les grappes sur la natte, tout ce qui tombait de la natte revenait également aux pauvres. Quand ils moissonnaient les champs, tout ce que la faucille n’atteignait pas était pour les pauvres ; lors du battage, tout ce qui se dispersait leur revenait. Leur père prélevait ainsi des aumônes pour les indigents ; orphelins, veuves et nécessiteux vivaient de ces dons du vivant même de leur père. À sa mort, ses fils agirent comme Allah l’a relaté à leur sujet.
Ils dirent : « Nos biens ont diminué et nos charges se sont accrues. » Ils se lièrent donc par serment d’aller dès l’aurore, avant que les gens ne sortent, récolter le jardin, de sorte que les pauvres n’en sachent rien.
Telle est la signification de Sa parole : « lorsqu’ils jurèrent », c’est-à-dire se lièrent par serment, « qu’ils la récolteraient », qu’ils couperaient les fruits de leurs palmiers dès qu’ils se lèveraient, dans l’épaisseur (2) de la nuit, afin que les indigents ne s’en avisent pas. Le terme ṣarm désigne l’acte de couper : on dit : « ṣarama l-ʿidq ʿani n-nakhlah » (il a coupé la grappe du palmier). « Aṣrama n-nakhl » signifie : « le moment de la coupe est arrivé », tout comme on dit : « arkaba l-muhr » et « aḥsada z-zarʿ », c’est-à-dire : « il est temps de monter le poulain » et « il est temps de moissonner le champ ».
(wa-lâ yastathnûna) : ils ne dirent pas : « si Allah le veut ». Ils s’appelèrent donc les uns les autres à l’aube, chacun interpellant son compagnon.