[Sourate al-Mulk (67) : verset 3]
« Lui qui a créé sept cieux superposés ; tu ne verras dans la création du Tout-Miséricordieux aucune disparité. Ramène donc ton regard : y décèles-tu la moindre fissure ? »
Sa parole – exalté soit-Il :
(« Lui qui a créé sept cieux superposés ») : c’est-à-dire que les uns sont au-dessus des autres. Ibn ʿAbbâs rapporte que leurs extrémités se joignent les unes aux autres. Le terme ṭibâqan qualifie « sabʿa » ; c’est donc une épithète exprimée par un nom verbal.
On a dit aussi : c’est un nom verbal au sens de muṭâbaqa (emboîtement parfait) ; autrement dit, Il a créé sept cieux et les a entièrement ajustés. Ou encore : « sur le schème : ṭûbiqat ṭibâqan ».
Sîbawayh a précisé que ṭibâqan est à l’accusatif parce qu’il tient lieu de second complément d’objet.
Je dis : « khalaqa » signifie alors « jaʿala » (faire, disposer), et ṭibâq est le pluriel de ṭabaq, comme jamal / jimâl. – On a également soutenu qu’il s’agissait du pluriel de ṭabaqa.
Abân b. Taghlib raconte : « J’ai entendu un Bédouin dénigrer un homme en ces termes : “Son mal est ṭibâq, et son bien n’est pas durable.” »
Hors du Coran, il est permis de dire : sabʿu samâwâtin ṭibâq, l’adjectif étant alors au génitif, comme dans : wa sabʿa sunbulâtin khuḍr (1) [Yûsuf : 46].
(« tu ne verras dans la création du Tout-Miséricordieux aucune disparité »)
Hamza et al-Kisâʾî lisent : min tafawwut, sans alif et avec redoublement, lecture également rapportée d’Ibn Masʿûd et de ses compagnons. Les autres récitateurs lisent : min tafâwut, avec alif. Les deux formes appartiennent à l’usage, tout comme taʿâhud / taʿahd, taḥammul / taḥâmul, taẓahhur / taẓâhur, taṣâghur / taṣaghghur, taḍâʿuf / taḍaʿʿuf, tabâʿud / tabaʿʿud : tous ces doublons sont synonymes.
Abû ʿUbayd a préféré la lecture min tafawwut et l’a étayée par le ḥadith dʿAbd ar-Raḥmân b. Abî Bakr : « Amithlî yutafawwatu ʿalayhi fî banâtih ? » (2)
An-Naḥḥâs réplique : « Cet argument est irrecevable, car yutafawwatu signifie plutôt yuftâtu ; la forme tafâwut du verset est plus appropriée, comme on dit tabâyana. On dit également : tafâwata l-amru lorsque la chose diverge et s’écarte, c’est-à-dire quand certaines de ses parties dépassent les autres.
Ne vois-tu pas que, juste avant, est prononcée Sa parole : “Lui qui a créé sept cieux superposés” ?
Le sens est donc : tu ne décèles dans la création du Tout-Miséricordieux ni courbure, ni contradiction, ni écart ; elle est, au contraire, droite, uniforme, et révèle son Créateur, même si ses formes et ses attributs diffèrent.
Il a aussi été avancé que seules les cieux sont visés ici : autrement dit, tu ne discernes, dans la création des cieux, aucun défaut. Le terme dérive de al-fawt : qu’une chose échappe à une autre, d’où naît le déséquilibre faute d’alignement parfait.