Je dis :
Les savants ont divergé au sujet de la femme répudiée par trois divorces, et l’on compte à ce propos trois opinions :
– Selon l’école de Mālik et celle d’al-Shāfiʿī, elle a droit au logement mais n’a pas droit à la pension alimentaire ;
– Selon l’école d’Abū Ḥanīfa et de ses disciples, elle a droit au logement et à la pension ;
– Selon l’école d’Aḥmad, d’Isḥāq et d’Abū Thawr, elle n’a ni pension ni logement, en vertu du ḥadith de Fāṭima bint Qays.
Elle rapporte :
« Je me rendis auprès du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — accompagnée du frère de mon époux et je lui dis : “Mon mari m’a répudiée, et celui-ci prétend que je n’ai ni logement ni pension.”
Il répondit :
« Au contraire, tu as droit au logement et à la pension. »
Puis il (le frère) précisa que son mari l’avait répudiée par trois divorces.
Le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — déclara alors :
« Le logement et la pension ne sont dus que par celui qui détient encore sur elle un droit de retour (rajʿa). »
Lorsque j’arrivai à Kūfa, al-Aswad ibn Yazīd me rechercha pour m’interroger à ce sujet, tandis que les compagnons d’ʿAbdullāh disaient : « Elle a droit au logement et à la pension. » Ce récit est rapporté par ad-Dāraquṭnī.
La version de Muslim est la suivante :
Son mari la répudia à l’époque du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — et il ne pourvut à ses besoins que par une pension très modique. Lorsqu’elle constata cela, elle dit : « Par Allah, je vais assurément informer le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui ; si j’ai droit à une pension, je prendrai ce qui me convient, et si je n’y ai pas droit, je ne prendrai rien. »
Elle poursuivit : « J’exposai l’affaire au Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — et il dit :
« Tu n’as ni pension ni logement. »
Ad-Dāraquṭnī rapporte d’al-Aswad que, lorsque la parole de Fāṭima bint Qays parvint à ʿUmar, celui-ci dit : « Nous n’acceptons pas, parmi les musulmans, la parole d’une (seule) femme », et il accordait à la femme répudiée par trois divorces le logement et la pension.
Selon ash-Shaʿbī :
Al-Aswad ibn Yazīd me rencontra et me dit : « Ô Shaʿbī, crains Allah et renonce au ḥadith de Fāṭima bint Qays, car ʿUmar lui attribuait le logement et la pension. »
Je répondis : « Je ne renoncerai pas à ce que Fāṭima bint Qays m’a rapporté du Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui. »
Je dis : Quel excellent propos !
Qatāda et Ibn Abī Laylā ont dit : « Il n’y a de logement que pour la répudiée avec droit de retour (rajʿiyya), » se basant sur la Parole du Très-Haut : « Tu ne sais pas ; il se peut qu’Allah fasse survenir après cela une chose nouvelle. » (At-Talāq, 1) et sur Sa parole : « Logez-les… », qui renvoie à ce qui précède, à savoir la répudiée avec droit de retour — et Allah est plus Savant.
En outre, le logement est subordonné à la pension et suit la même règle ; or, la pension n’étant pas due à la répudiée irrévocablement séparée (mubtūta), le logement ne lui est pas dû non plus.
Quant à la preuve d’Abū Ḥanīfa que la répudiée irrévocablement séparée a droit à la pension, c’est la Parole du Très-Haut : « Ne leur causez pas de tort en les contraignant », et l’omission de la pension constitue l’un des plus grands torts. Et dans la réprobation formulée par ʿUmar à l’encontre de Fāṭima