Je dis :
Al-Ḥajjâj s’est infiltré dans l’exégèse de ce verset lorsqu’il le récita, le réduisant à la personne de ʿAbd al-Malik b. Marwân. Il déclara en effet : « Craignez Allah autant que vous le pouvez, écoutez et obéissez ; ce verset s’adresse à ʿAbd al-Malik b. Marwân, le dépositaire d’Allah et Son calife ; il n’y a là aucune alternative. Par Allah, si j’ordonnais à un homme de sortir par la porte de la mosquée et qu’il en sortait par une autre, son sang me serait licite. »
Il a menti dans son interprétation ; ce verset concerne d’abord le Prophète ﷺ, puis les détenteurs de l’autorité après lui. La preuve en est la parole divine : « Obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité » (1) [an-Nisâʾ 4 : 59].
Quatrièmement – Sa parole exaltée :
« Et dépensez. »
On a dit qu’il s’agit de la zakât ; telle est l’opinion d’Ibn ʿAbbâs.
D’autres ont soutenu qu’il s’agit de la dépense facultative.
Al-Ḍaḥḥâk a dit : c’est la dépense engagée dans le jihâd.
Al-Ḥasan a dit : il s’agit de la dépense qu’un homme consacre à lui-même.
Ibn al-ʿArabî précise : si certains ont tenu cette dernière opinion, c’est en raison de l’expression « pour vous-mêmes », sans voir que la dépense surérogatoire comme la dépense obligatoire d’aumône est, en définitive, la dépense qu’un homme engage pour sa propre personne. Allah, Très-Haut, dit : « Si vous faites le bien, c’est pour vous-mêmes que vous le faites ; et si vous faites le mal, il sera contre vous » (2) [al-Isrâʾ 17 : 7]. Toute bonne action accomplie par l’homme lui profite à lui-même. L’avis correct est donc qu’il s’agit d’une injonction générale.
Il est rapporté que le Prophète ﷺ fut interrogé par un homme :
– « Je possède un dînâr. »
– « Dépense-le pour toi-même. »
– « J’en ai un autre. »
– « Dépense-le pour ta famille. »
– « J’en ai encore un. »
– « Dépense-le pour ton enfant. »
– « Et j’en ai un autre ! »
– « Fais-en aumône. »
Ainsi, il commença par la personne, puis la famille et l’enfant, plaçant l’aumône après cela ; tel est le principe en sharʿ.
Cinquièmement – Sa parole exaltée :
« … un bien pour vous-mêmes. »
Selon Sîbawayh, le mot « bien » est à l’accusatif en vertu d’un verbe implicite dérivé de « et dépensez », comme s’Il avait dit : « Accomplissez, dans la dépense, un bien pour vous-mêmes » ou « Prélevez, de vos biens, un bien pour vous-mêmes. »
Pour al-Kisâʾî et al-Farrâʾ, il s’agit de l’épithète d’un maṣdar omis : « Dépensez une dépense qui soit un bien pour vous-mêmes. »
Pour Abû ʿUbayda, c’est le prédicat d’une forme de « kâna » sous-entendue : « qu’il soit un bien pour vous. »
Et celui qui considère que le « bien » désigne la richesse voit dans ce terme un complément direct régi par « dépensez ».
Sa parole exaltée :
« Et quiconque est préservé de l’avarice de son âme, ceux-là sont les bienheureux » a déjà été expliquée (3).
De même, Sa parole :
« Si vous faites à Allah un prêt sincère, Il vous le multipliera » a été commentée dans la sourate al-Baqarah (4) ainsi que dans la sourate