Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

ʽAbd Allâh ibn Ubayy adopte, en toute circonstance qui incite à l’obéissance d’Allâh et à celle de Son Messager, une attitude particulière. On lui dit alors : « À quoi cela te servira-t-il, quand le Messager d’Allâh — que la prière et le salut d’Allâh soient sur lui — est courroucé ? Va donc le trouver afin qu’il implore pour toi le pardon. » Il refusa et déclara : « Je n’irai pas vers lui. »

La cause de la révélation de ces versets est la suivante : le Prophète — paix et bénédictions d’Allâh sur lui — entreprit l’expédition contre Banû al-Muṣṭaliq, à un point d’eau appelé « al-Muraysîʿ », du côté de Qudayd, vers le littoral. Là, un serviteur d’ʽUmar, nommé « Jahjâh », se heurta, au sujet de l’eau d’« al-Mushallal », à un allié d’ʽAbd Allâh ibn Ubayy, appelé « Sinân ». Jahjâh appela alors les Muhâjirûn à l’aide, tandis que Sinân appela les Anṣâr. Jahjâh donna une gifle à Sinân.

ʽAbd Allâh ibn Ubayy s’écria : « Ah ! ils ont osé ! Par Allâh, notre situation et la leur n’est que ce que dit l’adage ancien : “Nourris ton chien, il te dévorera.” Par Allâh, si nous retournons à Médine, le plus puissant — voulant dire Ubayy — en expulsera bel et bien le plus humble — voulant dire Muḥammad, que la prière et le salut d’Allâh soient sur lui. »

Puis il dit à son clan : « Retenez votre nourriture à l’égard de cet homme ; ne dépensez rien pour ceux qui l’entourent, jusqu’à ce qu’ils se dispersent et l’abandonnent. »

Zayd ibn Arqam — qui appartenait au clan d’ʽAbd Allâh — dit : « Par Allâh, c’est toi qui es vil et diminué parmi les tiens, tandis que Muḥammad — paix et bénédictions d’Allâh sur lui — jouit d’une noblesse accordée par le Miséricordieux et d’un amour émanant des musulmans. Par Allâh, je ne t’aimerai plus jamais après de tels propos. »

ʽAbd Allâh répondit : « Tais-toi, je plaisantais seulement. »

Zayd rapporta alors ses paroles au Prophète — paix et bénédictions d’Allâh sur lui. Ibn Ubayy jura par Allâh qu’il n’avait ni agi ni parlé ainsi, et le Prophète — paix et bénédictions d’Allâh sur lui — accepta son excuse.

Zayd relate : « Je ressentis un malaise intérieur et les gens me blâmèrent, puis la sourate al-Munâfiqûn fut révélée pour confirmer ma parole et démentir celle d’ʽAbd Allâh. »

On dit alors à ʽAbd Allâh : « Des versets très sévères sont descendus à ton sujet ; rends-toi auprès du Messager d’Allâh — paix et bénédictions d’Allâh sur lui — afin qu’il implore pour toi le pardon. » Mais il secoua la tête et les versets furent révélés. Le récit est rapporté par al-Bukhârî, Muslim et at-Tirmidhî dans un sens voisin, et il a déjà été évoqué au début de la sourate.

Il a également été dit : « qu’il implore pour vous le pardon » signifie : qu’il vous fasse abandonner l’hypocrisie, car le repentir est une demande de pardon.

« Et tu les vois se détourner avec arrogance » : c’est-à-dire qu’ils se détournent du Messager, orgueilleux face à la foi.

Nâfiʽ a lu « lawaw » avec allègement, tandis que les autres l’ont lue avec assimilation double, lecture qu’a préférée Abû ʽUbayd, disant qu’il s’agit d’une action attribuée à un groupe.

An-Naḥḥâs a objecté : « Il s’est trompé, car le passage fut révélé à propos d’ʽAbd Allâh ibn Ubayy ; lorsqu’on lui dit : “Viens, le Messager d’Allâh — paix et bénédictions d’Allâh sur lui — implorera le pardon pour toi”, il agita la tête par moquerie. »

S’il est demandé : « Comment se fait-il qu’on parle de lui avec un verbe au pluriel ? », il sera répondu : « Les Arabes le font lorsqu’ils emploient un pronom pour désigner une seule personne. »

Sîbawayh cite à ce propos, chez Ḥassân :
« Vous pensiez que resterait caché ce que vous aviez commis,
Alors que parmi nous se trouve un Messager recevant la Révélation. »

Or Ḥassân s’adressait en réalité à Ibn al-Abîraq, au sujet d’un objet qu’il avait volé à La Mecque ; son histoire est bien connue.

لِعَبْدِ اللَّهِ بْنِ أُبَيٍّ مَوْقِفٌ فِي كُلِّ سَبَبٍ يَحُضُّ عَلَى طَاعَةِ اللَّهِ وَطَاعَةِ رَسُولِهِ، فَقِيلَ لَهُ: وَمَا يَنْفَعُكَ ذَلِكَ وَرَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ غَضْبَانٌ: فَأْتِهِ يَسْتَغْفِرْ لَكَ، فَأَبَى وَقَالَ: لَا أَذْهَبُ إِلَيْهِ. وَسَبَبُ نُزُولِ هَذِهِ الْآيَاتِ أَنَّ النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ غَزَا بَنِي الْمُصْطَلِقِ عَلَى مَاءٍ يُقَالُ لَهُ " الْمُرَيْسِيعُ" مِنْ نَاحِيَةِ " قُدَيْدٍ" إِلَى السَّاحِلِ، فَازْدَحَمَ أَجِيرٌ لِعُمَرَ يُقَالُ لَهُ: " جَهْجَاهُ" مَعَ حَلِيفٍ لِعَبْدِ اللَّهِ بْنِ أُبَيٍّ يُقَالُ لَهُ: " سِنَانٌ" عَلَى مَاءٍ " بِالْمُشَلَّلِ" ، فَصَرَخَ جَهْجَاهُ بِالْمُهَاجِرِينَ، وَصَرَخَ سِنَانٌ بِالْأَنْصَارِ، فَلَطَمَ جَهْجَاهُ سِنَانًا فقال عبد الله بن أبي: أو قد فَعَلُوهَا! وَاللَّهِ مَا مَثَلُنَا وَمَثَلُهُمْ إِلَّا كَمَا قَالَ الْأَوَّلُ: سَمِّنْ كَلْبَكَ يَأْكُلْكَ، أَمَا وَاللَّهِ لَئِنْ رَجَعْنَا إِلَى الْمَدِينَةِ لَيُخْرِجَنَّ الْأَعَزُّ- يَعْنِي أُبَيًّا- الْأَذَلَّ، يَعْنِي مُحَمَّدًا صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ. ثُمَّ قَالَ لِقَوْمِهِ: كُفُّوا طَعَامَكُمْ عَنْ هَذَا الرَّجُلِ، وَلَا تُنْفِقُوا عَلَى مَنْ عِنْدَهُ حَتَّى يَنْفَضُّوا وَيَتْرُكُوهُ. فَقَالَ زَيْدُ بْنُ أَرْقَمَ- وَهُوَ مِنْ رَهْطِ عَبْدِ اللَّهِ- أَنْتَ وَاللَّهِ الذَّلِيلُ الْمُنْتَقَصُ فِي قَوْمِكَ، وَمُحَمَّدٌ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فِي عِزٍّ مِنَ الرَّحْمَنِ وَمَوَدَّةٍ مِنَ الْمُسْلِمِينَ، وَاللَّهِ لَا أُحِبُّكَ بَعْدَ كَلَامِكَ هَذَا أَبَدًا. فَقَالَ عَبْدُ اللَّهِ: اسْكُتْ إِنَّمَا كُنْتُ أَلْعَبُ. فَأَخْبَرَ زَيْدٌ النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ بِقَوْلِهِ: فَأَقْسَمَ بِاللَّهِ مَا فَعَلَ وَلَا قَالَ، فَعَذَرَهُ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ. قال زيد: فوجدت في نفسي ولا مني النَّاسُ، فَنَزَلَتْ سُورَةُ الْمُنَافِقِينَ فِي تَصْدِيقِ زَيْدٍ وَتَكْذِيبِ عَبْدِ اللَّهِ. فَقِيلَ لِعَبْدِ اللَّهِ: قَدْ نَزَلَتْ فِيكَ آيَاتٌ شَدِيدَةٌ فَاذْهَبْ إِلَى رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لِيَسْتَغْفِرَ لَكَ، فَأَلْوَى بِرَأْسِهِ، فَنَزَلَتِ الْآيَاتُ. خَرَّجَهُ الْبُخَارِيُّ وَمُسْلِمٌ وَالتِّرْمِذِيُّ بِمَعْنَاهُ. وَقَدْ تَقَدَّمَ أَوَّلَ السُّورَةِ. وَقِيلَ: يَسْتَغْفِرْ لَكُمْ يَسْتَتِبْكُمْ مِنَ النِّفَاقِ، لِأَنَّ التَّوْبَةَ اسْتِغْفَارٌ. (وَرَأَيْتَهُمْ يَصُدُّونَ وَهُمْ مُسْتَكْبِرُونَ) أَيْ يُعْرِضُونَ عَنِ الرَّسُولِ مُتَكَبِّرِينَ عَنِ الْإِيمَانِ. وَقَرَأَ نَافِعٌ " لَوَوْا" بِالتَّخْفِيفِ. وَشَدَّدَ الْبَاقُونَ، وَاخْتَارَهُ أَبُو عُبَيْدٍ وَقَالَ: هُوَ فِعْلٌ لِجَمَاعَةٍ. النَّحَّاسُ: وَغَلِطَ فِي هَذَا، لِأَنَّهُ نَزَلَ فِي عَبْدِ اللَّهِ بْنِ أُبَيٍّ لَمَّا قِيلَ لَهُ: تَعَالَ يَسْتَغْفِرْ لَكَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ حَرَّكَ رَأْسَهُ اسْتِهْزَاءً. فَإِنْ قِيلَ: كَيْفَ أَخْبَرَ عَنْهُ بِفِعْلِ الْجَمَاعَةِ؟ قِيلَ لَهُ: الْعَرَبُ تَفْعَلُ هَذَا إِذَا كَنَّتْ عَنِ الْإِنْسَانِ. أَنْشَدَ سِيبَوَيْهِ لِحَسَّانَ: ظَنَنْتُمْ بِأَنْ يَخْفَى الَّذِي قَدْ صَنَعْتُمُ ... وَفِينَا رَسُولٌ عِنْدَهُ الْوَحْيُ وَاضِعُهْ وَإِنَّمَا خَاطَبَ حَسَّانُ ابن الأبيرق في شي سَرَقَهُ بِمَكَّةَ. وَقِصَّتُهُ مَشْهُورَةٌ.

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