[Sourate al-Ḥachr (59), versets 16-17]
« Tel Satan quand il dit à l’homme : “Mécrois !” Puis, lorsqu’il a mécru, il déclare : “Je me désavoue de toi ; certes, je crains Allah, le Seigneur des mondes.” (16)
Ainsi, leur issue à tous deux sera le Feu, où ils demeureront éternellement. Voilà la rétribution des injustes. (17) »
La Parole du Très-Haut :
« Tel Satan quand il dit à l’homme : “Mécrois ! …” »
Il s’agit là d’une parabole donnée pour les hypocrites et les Juifs, afin d’illustrer leur lâcheté et l’absence de loyauté dans le secours qu’ils s’étaient promis. La conjonction de coordination a été omise ; il n’a pas dit : « et tel Satan », l’omission du wāw étant fréquente, comme lorsque l’on dit : « tu es raisonnable, tu es généreux, tu es savant ».
Il a été rapporté du Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – que l’homme à qui Satan dit : « Mécrois ! » était un moine auprès duquel on avait laissé une femme atteinte d’un malaise afin qu’il invoquât pour elle. Satan lui embellit alors la faute ; il la viola, elle tomba enceinte, puis il la tua de peur que le scandale n’éclatât. Satan indiqua ensuite à son peuple l’endroit où se trouvait le corps ; ils vinrent, firent descendre le moine de sa tour et décidèrent de le mettre à mort. Satan se présenta alors à lui et lui promit que, s’il se prosternait devant lui, il le sauverait. Il se prosterna donc, mais Satan se désavoua de lui et l’abandonna.
Ce récit a été rapporté par le qâḍî Ismâʿîl et ʿAlî b. al-Madînî, d’après Sufyân b. ʿUyaynah, d’après ʿAmr b. Dînâr, d’après ʿUrwah b. ʿÂmir, d’après ʿUbayd b. Rifâʿah az-Zurqî, d’après le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui. Ibn ʿAbbâs ainsi que Wahb b. Munabbih ont, chacun, relaté l’histoire de façon plus détaillée, avec des formulations différentes.
Ibn ʿAbbâs – qu’Allah l’agrée – a dit à propos de la Parole du Très-Haut : « Tel Satan » :
Il y avait, durant la période intermédiaire [entre deux missions prophétiques], un moine nommé Barṣîṣâ. Il s’était adonné à l’adoration dans sa tour pendant soixante-dix ans sans jamais désobéir à Allah ne fût-ce qu’un clin d’œil, au point d’épuiser Iblîs.
Iblîs convoqua alors les démons les plus rebelles et dit : « Ne se trouvera-t-il donc personne parmi vous pour me suffire à propos de Barṣîṣâ ? » Al-Abyaḍ répondit – c’est le démon qui s’en prend aux prophètes, celui-là même qui se présenta au Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – sous l’apparence de Jibrîl afin de lui insuffler de fausses paroles lors de la révélation ; Jibrîl intervint, se plaça entre eux et le repoussa de la main jusqu’à ce qu’il fût projeté aux confins de l’Inde – c’est à cela que fait allusion la Parole d’Allah : « doué de force, établi auprès du Possesseur du Trône » [Sourate at-Takwîr, 20][1].
Al-Abyaḍ dit donc : « Je m’en charge. » Il partit, revêtit l’habit des moines, se rasa le sommet de la tête et se rendit à la tour de Barṣîṣâ. Il l’appela, mais celui-ci ne lui répondit pas ; en effet, il ne rompait sa prière qu’un seul jour tous les dix jours, et il ne prenait de repas qu’un jour sur dix ; il jeûnait les dix jours d’affilée…
[1] Sourate at-Takwîr (81), verset 20.